Le français ne vient pas du latin

Le livre "Le français ne vient pas du latin, essai sur une aberration linguistique" (Yves Cortez, édition L'Harmattan), est plus qu'un pavé dans la mare, c'est une révolution linguistique. Non, les Romains ne parlaient pas latin mais italien!

09 septembre 2007

L'impossible origine germanique

L’étymologie officielle regorge de mots d’origine germanique .Cela me paraît extrêmement suspect car il faudrait pour cela que deux conditions au moins  soient remplies simultanément.

1 . Il faudrait que le même mot germanique se soit diffusé dans l’ensemble de l’aire des langues romanes. Prenons le mot GUERRE qui se dit GUERRA en italien, en occitan, en espagnol et en portugais.

Cela aurait pu se faire sous l’effet de deux processus

-      soit le mot aurait d’abord été adopté par un peuple, puis se serait diffusé à l’ensemble des autres peuples : Processus étonnant à l’époque d’un espace politique et social morcelé, l’empire romain ayant disparu

-     soit le même peuple germanique parlant la même langue aurait imposé le même mot partout. On sait que ce sont des peuples très variés et pas nécessairement germaniques qui ont envahi l’empire romain.

2 . Il aurait fallu que les mots germaniques subissent partout la même transformation pour donner un résultat identique dans l’ensemble de l’aire romane.

En réalité la prétendue origine germanique des langues romanes résulte de l’impossibilité de trouver une origine latine aux mots romans et poussent les étymologistes à proposer une autre origine. En appliquant leur principe « ressemblance vaut origine » et en allant chercher dans le vocabulaire d’une langue qui nous est doublement proche, géographiquement et historiquement, ils concluent à une origine germanique.

Voici un extrait de mon livre sur le sujet

L’idée selon laquelle la langue française comprendrait de nombreux mots d’origine germanique et celtique repose sur la méconnaissance de l’origine italienne des langues romanes. Les étymologistes français, découvrant que de nombreux mots n’avaient manifestement pas d’origine latine malgré tous leurs efforts, ont fait l’hypothèse qu’ils avaient été nécessairement apportés par les envahisseurs germaniques, notamment les Francs, ou qu’ils appartenaient au vieux fonds de vocabulaire gaulois. Mais, dans la plupart des cas, une filiation directe de l’italien rend mieux compte de l’origine des mots qu’une prétendue origine francique ou gauloise.

Dans son livre L’aventure des langues en occident, Henriette Walter donne une liste des mots français qui seraient d’origine germanique sous la rubrique « Des mots germaniques à foison ».

Passons au crible les mots en mettant en parallèle leur traduction en italien et l’origine supposée germanique telle qu’elle est indiquée dans les principaux dictionnaires.

Yves Cortez

Bordeaux le 9 septembre 2007

Français

Italien

Etymologie officielle

BOUÉe

boa

Viendrait du haut allemand BAUKN

brÈche

breccia

Viendrait du haut allemand BRECHA

espion

spione

Viendrait du germanique °SPEHA

fourrage

forragio

Viendrait du francique (reconstitué) : °FODAR

guerre

guerra

Viendrait du germanique °WERRA

Jardin

giardino

Viendrait du francique °GART

lucarne

lucernario

Viendrait du francique (reconstitué) : °LUKINNA

marcher

marciare

Viendrait du francique (reconstitué) : °MARKON

Que constatons-nous ?

– Que les mots italiens sont en général très proches des mots français. J’en déduis qu’il serait plus logique, plus simple et plus conforme aux lois de la nature que les mots français viennent de l’italien ancien, et non pas que l’italien ait adopté des mots

français, eux-mêmes apportés par les Francs. Par quel canal les Italiens auraient-ils adopté les mêmes mots germaniques et surtout les auraient-ils transformés de la même manière !

– Lorsque des mots français ressemblent à des mots germaniques, cela vient du fait que tous les mots ont la même origine indo-européenne et qu’il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils ressemblent à leurs cousins… « germains ».

Le vocabulaire français compte très peu de vocabulaire germanique et celtique. Il est fondamentalement et presque exclusivement italien.

En d’autres termes, la langue de l’envahisseur romain, l’italien ancien, a pratiquement laminé le substrat gaulois ; et plus tard les Francs, quant à eux, ont adopté le français sans marquer le vocabulaire français de leur empreinte. Quand les Francs se sont installés en France au Ve siècle, ils ont pris le pouvoir mais n’ont pas imposé leur langue, ni n’ont influencé la langue française, car ils étaient numériquement minoritaires, et parce qu’existait déjà une langue véhiculaire sur l’ensemble du territoire depuis plus de cinq siècles

C’est parce que nos premiers étymologistes pensaient a priori que le français était fait d’un mélange de différents apports qu’ils ont cru déceler des traces de parlers germanique et celtique.

Historiquement, il y a un autre exemple où la langue n’a pas été affectée par les envahisseurs : le franco-normand. Quand les Normands s’installent en Normandie, en l’an 900, ils arrivent avec une langue germanique dans un pays de langue française. Très peu de temps après, quand les Normands envahissent l’Angleterre (à la suite de la bataille de Hastings en 1066), soit moins de deux siècles après leur installation en Normandie, c’est le parler franco-normand qu’ils apportent en Angleterre, lequel est pratiquement du français.  Seule la toponymie en Normandie a gardé quelques traces du passé proprement normand (Le Havre, Honfleur, Barfleur…). Les Normands ont adopté la langue française dans sa totalité. Il ne s’est produit aucun mélange !

L’histoire nous donne des exemples, non pas de mélange de vocabulaire, mais d’intégration d’un vocabulaire nouveau et complémentaire. L’anglais compte un vocabulaire français important transmis par les Normands, de même que l’italien ancien comptait de nombreux mots latins, et que le latin a incorporé de nombreux mots grecs. Chaque fois il s’agit d’apports liés à une culture dominante. Un vocabulaire plus élaboré, qui résulte d’une civilisation plus développée, est adopté par le peuple dominé. Les Grecs étaient plus « développés » que les Latins, qui l’étaient eux-mêmes plus que les Italiens. Les Franco-Normands, forts d’une culture imprégnée par plus de mille ans de civilisation gréco-romaine, apportent avec eux un vocabulaire original qui n’a pas d’équivalent en anglais de l’époque.

D’aucuns seront peut-être tristes de constater que le français ne possède que d’infimes traces des langues de leurs ancêtres gaulois et germaniques. Las, il faut se rendre à l’évidence, le français vient presque exclusivement de l’« italien ancien"

Posté par cortezyves à 09:09 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Emprunts germaniques en français

Le fait que "guerre" en français et "guerra" en italien ou en espagnol soient tous issus du proto-germanique *werra n'a pas grand chose d'étonnant puisque tous les pays du sud de l'Europe ont subi l'influence de parlers germaniques proches les uns des autres: franc en France, wisigoth en Italie, vandale en Espagne etc. D'autre part le latin *bellum "guerre" a laissé sa trace dans presque toutes les langues romanes. Par ailleurs aucun linguiste sérieux n'applique la formule "ressemblance vaut origine". Lisez et étudiez.

Posté par baujans, 02 janvier 2008 à 00:33

G/W

Cher Monsieur,
Je trouve très intéressante votre thèse : elle a le mérite de secouer le cocotier, qui plus est la transformation du latin en français est en effet un phénomène sidérant. Mais la transformation du latin en italien ne l'est pas moins, à mon sens.
Cela dit, vous dites avec raison que l'talien et l'espagnol n'ont pas bougé depuis cinq siècles. C'est vrai aussi du français, qui s'est figé, je crois, avec l'essor de l'imprimerie. Les textes du début de la Renaissance ne sont pas excessivement compliqués à comprendre, le français moderne est déjà là. À dire vrai, avec un peu d'habitude, les texte de la fin du moyen-âge sont tout aussi comestibles. Ce qui rend le français ancien difficile à entendre, c'est surout son orthographe flottante, problème qu'Italiens et Espagnols ont su résoudre bien mieux que nous, n'étant pas confrontés au "e" muet et autres consonnes fantômes de fin de mots.
Pour ce qui est de l'exemple de guerre, il ne me paraît pertinent pour votre démonstration. Si l'on admet la réalité de la transformation du W germaique en G français, dont il existe de nombreux exemple, Guerre n'est plus guère loin de War, lequel n'est pas loin non plus de Vojna en russe.
Compte tenu de l'histoire de Rome qui céda sous les assauts des barbares, je veux bien croire pour ma part que Bellum ait cédé devant Werra.
Bien cordialement,
Paul Lequesne

Posté par Paul, 17 janvier 2008 à 23:56

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