Le français ne vient pas du latin

Le livre "Le français ne vient pas du latin, (Yves Cortez, édition L'Harmattan)'est une révolution linguistique. les Romains ne parlaient pas latin, ni un latin vulgaire,mais italien;

21 octobre 2007

El castellano no viene del latin

El castellano no viene del latín

Contrariamente a lo enseñado en todas las universidades, sucede que el español no proviene del latín, tampoco ninguna otra lengua romance como el italiano, el francés o el rumano proviene del latín.

De la misma manera que hemos pensado durante siglos que el sol daba vuelta alrededor de la tierra, al basarnos en observaciones cotidianas, nuestro sentido común nos lleva naturalmente a pensar que el latín se ha transformado en las distintas lenguas romances.

Sin embargo, los lingüistas, conscientes de las considerables divergencias entre el latín y las lenguas romances en cuanto a sintaxis, gramática y vocabulario, me han hecho una primera concesión. Han tenido que recurrir al concepto de «  latín vulgar » que sería la lengua hablada derivada del latín clásico, de la cual habría derivado a su vez las lenguas romances.

Estoy de acuerdo con los lingüistas sobre un punto: el latín clásico no ha podido engendrar las lenguas romances, sin embargo, diverjo sobre lo demás:

-         Lo que llamamos de manera equivocada el latín vulgar no es más que el italiano

-         Este italiano no resulta de una transformación del latín, ya que es otra lengua indo-europea

-         los Romanos eran en consecuencia bilingües, hablaban italiano y escribían en latín

-         los Romanos nos han proporcionado estas dos lenguas

Obviamente para llegar a tales conclusiones he realizado largas investigaciones que he resumido en mi libro « Le français ne vient pas du latin » Edición L’harmattan París 2007

Un cierto número de personas se tapan los oídos al enunciarse tales conclusiones, pero los que se toman el tiempo de leer mi libro no quedan indiferentes, pues no he escrito un panfleto, sino una demostración rigurosa. Entonces les deseo una buena lectura y les espero para volver a hablar de ello.

Burdeos le . 2010. 2007 

Posté par cortezyves à 22:49 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


20 octobre 2007

Le vocabulaire des langues romanes n'est pas latin

Pour vous donner un avant-goût de mes recherches je publie ci-dessous un extrait de mon livre sur le vocabulaire. Bonne lecture

Deuxième preuve


Le vocabulaire de base des langues romanes n’est pas latin

La difficulté à comparer les vocabulaires de deux langues, par exemple le latin et l’italien ou l’anglais et l’allemand, peut venir de deux sources. Soit ces langues ont été en contact étroit, du fait de la coexistence de deux peuples sur le même territoire, ou du fait d’une domination politique et militaire d’un peuple sur l’autre, et il a pu en découler de nombreux emprunts de vocabulaire. Soit les langues ont la même origine, et c’est le même socle initial qui a engendré les vocabulaires des deux langues. Il est alors difficile de démêler la partie du vocabulaire qui a été empruntée de la partie qui vient de l’origine commune. Ainsi l’anglais et l’allemand sont toutes deux des langues germaniques, et leur ressemblance vient de leur origine commune.

Le vocabulaire de base et les emprunts

Le vocabulaire des langues romanes est très différent de celui du latin. Pourtant les emprunts au latin ont été si importants qu’ils peuvent cacher cette réalité. Il convient donc d’extraire les mots empruntés pour redécouvrir le vocabulaire originel.

Les mots empruntés se caractérisent de deux façons :

1. Ils ont trait à des domaines particuliers caractéristiques d’un état avancé de développement, comme le droit, la philosophie, la théologie…

2. Et ils ont été peu affectés par des transformations phonétiques. En d’autres termes, ils sont presque identiques aux mots de la langue dont ils sont issus.

Je donne dans les tableaux suivants la traduction en français d’adjectifs et de noms du vocabulaire latin, qui met en évidence la très grande ressemblance entre des mots français et des mots latins. Les différences ne portent que sur la terminaison des mots.

À la lecture de ces listes de mots, se vérifient deux faits :

schema2

·Ces mots français sont presque identiques aux mots latins. (Seule la dernière syllabe de ces mots est légèrement transformée).

·Ces mots ont presque tous une connotation littéraire, technique ou savante.

Plus précisément, les mots empruntés ne sont pratiquement pas déformés parce qu’ils sont proprement des mots latins. Ils ont été d’abord utilisés par des clercs, qui avaient une parfaite connaissance du latin, puis sont rentrés dans l’usage courant.

Pour comparer deux langues, il est nécessaire d’éliminer les mots d’emprunts sous peine d’affirmer à la légère leur parenté. Ainsi, tous les linguistes s’accordent pour dire que l’anglais est une langue germanique bien que l’anglais compte beaucoup de mots qui ressemblent au français. L’anglais et l’allemand sont issus d’une origine commune baptisée « germanique ». Mais la langue anglaise a absorbé, pendant les siècles qui ont suivi la conquête normande, des milliers de mots français, au point que certains textes anglais peuvent paraître proches du français. Voici  quelques exemples :

The information contained in this message is confidential.

L’information contenue dans ce message est confidentielle.

Spanish is a rich and expressive language.

L’espagnol est une langue riche et expressive.

The grammatical structure of the language has changed enormously.

La structure grammaticale de la langue a changé énormément.

À la lecture de ces phrases, un observateur peu attentif pourrait conclure que les langues française et anglaise ont un lien de parenté. Cet observateur serait en fait abusé par les mots anglais empruntés au français. D’où la nécessité de séparer les mots empruntés des mots de « base ».

À leur premier stade, les langues possédaient un vocabulaire fait de mots courants qui constituent « le vocabulaire de base ». L’anglais possédait un vocabulaire de base germanique auquel s’est agrégé peu à peu un vocabulaire français. Il en est de même pour les langues romanes qui avaient un vocabulaire de base « italien ancien » qui s’est accru au fil des siècles de nombreux mots empruntés au latin.

Les langues romanes et le latin sont restés en contact pendant plus de 20 siècles et du vocabulaire latin a été incorporé aux langues romanes pendant trois grandes périodes.

– Du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C., les peuples latin et italien coexistent et l’apport est direct.

– Du IIe siècle au XVIe siècle, le latin bien que langue morte reste la seule langue écrite de l’Europe occidentale, et les savants, les hommes d’église et les légistes y puisent continuellement soit pour emprunter un mot latin, voire un mot grec par l’intermédiaire du latin, soit pour forger un mot nouveau.

– À l’époque moderne le besoin de mots nouveaux dans les domaines scientifique et technique ouvre une nouvelle ère pour l’emprunt aux langues anciennes.

Ainsi les langues romanes comptent des milliers de mots latins, mais ces mots ne sont presque jamais des mots de la vie courante.

Je rappelle que mon schéma des langues italiques est le suivant :


SCHEMA 3


Il faut le préciser comme suit, pour faire apparaître les apports continus du vocabulaire latin aux langues romanes :


SCHEMA 4


Les pointillés figurent, non pas un lien de parenté, mais un flux de vocabulaire. Schématiquement, j’ai figuré deux flux, bien qu’il s’agisse en vérité d’un flux unique étalé sur plus de 20 siècles.

Cela m’amène à concevoir un vocabulaire de base qui est censé représenter l’ensemble des mots courants couvrant l’activité humaine, à l’exception des domaines sophistiqués de la politique, de la religion, de l’art, de la technique, du droit, de la philosophie…

Ce vocabulaire, bien que plus allégé que le vocabulaire contemporain, n’en est pas pour autant rudimentaire. La Bible, écrite à une époque où l’organisation sociale et les connaissances techniques n’en étaient qu’à leur début, compte plus de 6 000 mots distincts. Les peuples qualifiés de « barbares » par les Grecs possédaient, eux aussi, un vocabulaire très étendu.

Mais avant cela, je veux préciser la deuxième raison qui induit en erreur les linguistes. Le latin et l’« italien ancien » ont une origine commune, et ont donc quelques points communs, comme les langues anglaise et allemande ont des points communs, car elles aussi sont issues d’une même origine.

Une origine commune : l’italique

Le latin et l’« italien ancien » ont la même origine, appelée « italique ». Pour fixer les idées, je dirais que cette origine commune remonte à 10 000 ans avant J.-C. Il est impossible de préciser scientifiquement la date à laquelle les peuples italiques parlant la même langue se sont séparés et ont créé à partir du même tronc commun deux langues aussi distinctes que le latin et l’« italien ancien ». J’aurais pu indiquer non pas 10 000 ans, mais une fourchette allant de 1 000 à 10 000 ans. Dans le chapitre sur l’évolution des langues, je montrerai combien évoluent lentement les langues en général, ce qui me conduit à penser que 1 000 ans seraient peu de temps pour créer deux langues aussi différentes que le latin et l’« italien ancien », c’est pourquoi je mets plutôt la barre à 10 000 ans.

Mon propos est avant tout d’exposer que, bien que très distincts, le latin et l’« italien ancien » ont une origine commune que je représente comme suit :


SCHEMA5

Sous la forme graphique de cercles, je fais apparaître les ensembles et les sous-ensembles de vocabulaire.


SCHEMA 6


Cette présentation permet de décomposer les vocabulaires des trois langues et de faire apparaître différents sous-ensembles.

Le groupe 1 représente le vocabulaire de la langue-mère, l’italique, qui n’a pas été transmis aux langues filiales. Ce groupe est d’une faible importance. En général, la création des vocabulaires se fait par strates successives sans abandon du vocabulaire antérieur.

Le groupe 2 représente le vocabulaire de la langue-mère qui a été transmis à une langue mais pas à l’autre.

Le groupe 3 représente les mots d’origine italique qui ont été transmis à l’une et l’autre langue et qui donnent l’impression qu’une langue découle de l’autre.

Le groupe 4 représente les mots propres à chaque langue filiale. Ils sont « auto-fabriqués » par les procédés classiques : métonymie, mots composés, déformation phonétique… chaque peuple développant son génie propre, et créant peu à peu une langue particulière.

Le groupe 5 comprend les mots communs aux deux langues qui ne viennent pas de la langue-mère : ce sont des mots d’emprunt.

Ces distinctions complexes sont nécessaires à la bonne compréhension de la suite.

Arrêtons-nous sur le groupe 3. Quand des mots sont semblables en italien et en latin, cela peut provenir de leur origine commune. Cela ne prouve en rien que les langues romanes viennent du latin. Les vocabulaires de base anglais et allemand sont proches, pour autant l’anglais ne vient pas de l’allemand, et vice-versa. Pourtant les vocabulaires de base anglais et allemand sont plus proches que ne le sont les vocabulaires latin et roman. Comment cela n’a-t-il pas frappé les linguistes ? Comment les langues allemande et anglaise qui sont des « langues sœurs » seraient-elles plus proches que ne le sont le latin et l’italien, qui sont supposés avoir une filiation directe ?

Il ne faut donc pas s’extasier trop vite sur les ressemblances observées entre les vocabulaires des langues latine et romanes. Celles-ci peuvent n’être dues qu’à leur origine commune italique.

Avant l’italique : l’indo-européen

Les linguistes s’accordent pour penser que les fortes concordances existant entre les différentes langues d’Europe, d’Iran et d’Inde suggèrent une origine commune qu’ils appellent langue indo-européenne. L’indo-européen a donné naissance, par fractionnements successifs, aux différentes langues européennes, iraniennes et indiennes.

Ainsi, en ce qui concerne le français, les étapes ont été les suivantes : l’indo-européen a donné plusieurs branches dont l’italique. L’italique a donné au moins deux branches : le latin, qui n’a pas eu de descendance, et l’« italien ancien » qui a donné naissance à toutes les langues romanes.

Le schéma ci-après représente les différentes familles et les différentes langues issues de l’indo-européen :

De même que je situe l’italique aux alentours de 10 000 ans avant J.-C., je situe l’indo-européen aux environs de 20 000 ans avant J.-C.

En d’autres termes, pour moi, l’homme de Cromagnon et ses descendants étaient de langue indo-européenne.

Les trois premières strates du vocabulaire des langues romanes

La longue filiation que je viens de présenter qui va de l’indo-européen au français en passant par l’italique et l’italien ancien a laissé dans le vocabulaire des traces de chacune des étapes de l’histoire de la langue.

1. LA STRATE INDO-EUROPÉENNE, exemple, le mot NEZ :

Prenons le mot NEZ. Il se dit à peu près de la même façon dans les langues italiques, germaniques et slaves (italien NASO, allemand NASE, russe NOS). Je fais l’hypothèse que le mot indo-européen était NAS qui a donné l’italique NAS lequel a donné d’un côté le latin NASUS, et de l’autre l’ « italien ancien » NASO, qui a donné l’italien moderne NASO et le français NEZ, selon le schéma suivant :

Indo-européen (-20 000)                      NAS


Italique (-10 000)                                NAS


Italien ancien et latin     NASO (italien ancien)   NASUS (latin

Langues romanes        NEZ (français)    NASO (italien)         

Les étymologistes officiels veulent absolument que le mot NEZ vienne du latin NASUS, en fait le mot NEZ garde la trace de son origine indo-européenne, et nous a été transmis par l’italique puis par l’« italien ancien ».

2. LA STRATE ITALIQUE, exemple, le mot MAIN :

Le mot MAIN se dit de la même façon dans les langues romanes et en latin. Nous pouvons le considérer comme un mot italique qui s’est transmis aux deux branches issues de l’italique : le latin et l’italien ancien.

Par contre le mot MAIN se dit différemment dans les autres langues indo-européennes donc il n’est pas indo-européen mais uniquement italique, selon le schéma suivant :

Indo-européen (-20 000)                  ?


Italique (-10 000)                    MANO


Italien ancien et latin     MANO           MANUS (latin)


Langues romanes MAIN (français) MANO (italien)

Les étymologistes font venir le mot MAIN du latin MANUS. Je considère que le mot MAIN a une origine italique et non latine.

3.LA STRATE « ITALIEN ANCIEN », exemple, le mot JAMBE :

Dans les différentes langues indo-européennes, le mot JAMBE se dit de façons très différentes. Le mot n’est donc pas indo-européen, ou plus précisément, ce mot n’existait pas encore à l’époque indo-européenne, il n’a donc pas été transmis aux différentes familles linguistiques. Il se dit différemment en latin (CRUS). Il n’est pas non plus un mot italique. Par contre, il se dit GAMBA en italien et en roumain. Je fais donc l’hypothèse que le mot JAMBE vient d’un mot « italien ancien » GAMBA, qui en français a subi une légère altération.

Indo-européen                                     ?


Italique                                                ?


Italien ancien                                     GAMBA

Langues romanes        GAMBA (italien)             JAMBE

Exemple de classification des mots : application aux mots relatifs au corps humain.

J’ai appliqué la méthode de classification que je viens de vous présenter aux mots les plus courants du corps humain, et je les ai classés en trois groupes selon leur origine.

1. Les mots indo-européens

Les mots NEZ, OREILLE, ŒIL, DENT… sont pratiquement iden-tiques dans toutes les langues indo-européennes.

schema7


Ce sont donc des mots indo-européens, c’est-à-dire qu’ils existaient à une époque très ancienne, avant l’éclatement en différentes familles linguistiques.

2. Les mots italiques

Les mots PIED, MAIN, CHEVEU, LANGUE, BRAS et DOIGT sont identiques dans toutes les langues romanes et en latin, mais différents des mots des langues des autres familles indo-européennes.

schema8

Les mots PIED, MAIN, CHEVEU, LANGUE, BRAS et DOIGT sont des mots italiques et non des mots d’origine latine.

3. Les mots « italien ancien »

schema9

On découvre, dans cette catégorie, des mots qui ne viennent pas du latin, et qui sont quasiment identiques dans toutes les langues romanes, à quelques rares exceptions près. Le plus surprenant, est que les mots roumains sont éminemment « romans ». Or, la Roumanie s’est détachée de l’empire romain en l’an 270 de notre ère, ce qui nous laisse à penser que la langue qui a été apportée en Roumanie était déjà de l’italien ancien, non du latin.

Quand un mot est d’origine indo-européenne ou italique, les étymologistes décrètent sans ambages que le mot vient du latin. Ainsi, pour eux, le mot NEZ viendrait du latin NASUS, et le mot PIED viendrait du latin PES. Ils font une grave erreur de raisonnement, mais n’en sont même pas conscients. Ils ne se posent même pas la question. Pour eux, l’origine latine du vocabulaire des langues romanes est un axiome. Ils se trompent et ils vous trompent. Voyez, disent-ils, la ressemblance entre les mots latins et les mots français, il n’y a pas de doute ! Malheureusement pour eux, il y a des mots « italien ancien » qui ne ressemblent en rien au latin, et qui les déroutent.

...

schema1

Posté par cortezyves à 13:26 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2007

Le français ne vient pas du latin: introduction

J'ai le plaisir de reproduire ci-dessous l'introduction de mon livre "Le français ne vient pas du latin" publié aux éditions L'harmattan Paris 2007 pour vous donner un avant-goût du fond et de la forme.

Bonne découverte

Contrairement à l’idée généralement admise, le français ne vient pas du latin, pas plus que l’italien, l’espagnol, le roumain ni aucune autre langue romane ne viennent du latin.

Ma thèse est la suivante : le latin a été la langue unique des Romains jusqu’au IIIe siècle avant J.-C., puis, le latin a été submergé par l’italien, mais est resté la langue du pouvoir et la langue des lettres. Aussi, dès le IIe siècle avant J.-C., les Romains étaient bilingues : ils utilisaient l’italien comme langue parlée et le latin comme langue écrite, et ce sont ces deux langues que les Romains ont apportées dans toutes les régions qu’ils ont conquises.

Ainsi en France, en Espagne et en Roumanie les peuples ont abandonné leurs langues respectives pour adopter l’italien comme langue parlée et n’ont utilisé le latin qu’à l’écrit, comme le faisaient les Romains. Il est vraisemblable que les Romains appelaient leur langue parlée : le « roman ». Pour éviter toute confusion avec l’usage que nous faisons de ce mot aujourd’hui, j’appellerai la langue parlée par les Romains : l’« italien ancien ». C’est à dessein que j’emploie ce terme car les Romains ne parlaient pas un latin déformé, dénommé parfois « latin vulgaire » ou « bas latin », mais parlaient une autre langue, qui n’a pas pour origine le latin, et qui était déjà de l’italien.

Le bilinguisme langue parlée/langue écrite n’a rien d’exceptionnel. Au début de notre ère, à Jérusalem, l’hébreu, langue parlée par les juifs jusqu’à cette époque, cède la place à l’araméen, mais garde son statut de langue de la religion et de la littérature. Les juifs du temps de Jésus-Christ étaient bilingues, ils parlaient araméen et écrivaient en hébreu.

Aujourd’hui, dans les pays arabes, on parle l’arabe dialectal et l’on écrit uniquement en arabe classique. En Suisse alémanique, la langue parlée est le suisse alémanique et la langue écrite est le haut-allemand. Au Québec, la langue parlée est riche d’un vocabulaire original, mais le français utilisé à l’écrit est toujours parfaitement académique. En Afrique, en Amérique et en Asie, le bilinguisme langue parlée/langue écrite est une réalité quotidienne ; les différents peuples continuent à utiliser leurs langues vernaculaires et utilisent à l’écrit une langue officielle, généralement la langue des anciens colonisateurs : l’anglais, le français, l’espagnol…

La forte divergence entre le latin et les langues romanes fait débat depuis longtemps chez les latinistes et les linguistes. En 1940, le linguiste danois Louis Hjelmslev concluait ses recherches par ces mots : « la langue-mère que nous sommes amenés à reconstruire n’est pas le même latin que celui qui nous est transmis par la littérature. » En 1953, le linguiste français Jean Perrot observe lui aussi que la langue-mère qu’il a reconstruite à partir des différentes langues romanes « ne correspond pas à l’état du latin que nous connaissons ». Ils découvrent l’un et l’autre une langue-mère très différente du latin, mais ils n’osent pas s’éloigner du dogme et affirmer qu’en fait d’« autre latin » il s’agit tout bonnement d’une « autre langue ».

En 1985, le grand latiniste Jozsef Herman reconnaissait au congrès international de linguistique et de philologie romanes, devant un parterre de lettrés venus du monde entier : « Nous autres romanisants, avec tout au plus les historiens de la langue latine, sommes à peu près les seuls à savoir qu’en ce qui concerne le processus même de transformation du latin en langue romane nous avons plus d’hypothèses et de controverses que de certitudes [...] »

En cette fin du vingtième siècle, plus les recherches s’approfondissent et moins les chercheurs s’accordent sur une explication de la transformation du latin en langues romanes. Les difficultés viennent du fait que les chercheurs sont prisonniers du dogme selon lequel les langues romanes viendraient du latin et s’ingénient à trouver des explications à toutes les supposées transformations du latin. Ils essaient donc d’expliquer la disparition des déclinaisons, du genre neutre, des verbes déponents, des adjectifs verbaux, et l’apparition des articles, du passé composé, du conditionnel… Et ils n’y arrivent pas.

Antoine Meillet, le célèbre linguiste français du début du XXe siècle, n’a que des démonstrations parcellaires et des conclusions non fondées que masquent mal ses formules péremptoires : « les innovations communes résultent du fait qu’un mécanisme délicat et complexe a été manié par des gens nouveaux de toutes sortes. »[1] Comment des gens issus de différents horizons pourraient-ils provoquer les mêmes innovations linguistiques ? Il y a là un mystère étonnant. Pour Antoine Meillet, la deuxième grande explication réside dans le fait que le peuple aimerait la simplicité : « Le déponent est dans la langue le type de complication inutile. » Le peuple se serait donc défait du déponent. Puis plus loin : « En laissant tomber le neutre le roman s’est débarassé d’une catégorie qui depuis longtemps ne signifiait plus rien. »

Le peuple grec, lui, a gardé le neutre, ainsi que les Allemands et les Russes ! Antoine Meillet a des lois à géométrie variable.

De deux choses l’une : ou bien on en reste au lyrisme de Littré qui s’exclamait dans l’introduction de son dictionnaire : « Au grand étonnement de l’érudit, les mutations s’effectuèrent comme si un concert préalable les avaient déterminées »[2], ou bien on essaie de faire une analyse rigoureuse et un tant soit peu scientifique.

Quelles sont les principales objections que l’on peut faire à une origine latine des langues romanes ?

– Comment ont pu se produire les mêmes disparitions et les mêmes apparitions de formes grammaticales dans toutes les langues romanes ?

– Comment expliquer la disparition des mêmes mots latins et l’apparition des mêmes mots non latins dans toutes les langues romanes ? Les adjectifs, les adverbes, les verbes latins les plus usuels auraient-ils tous disparu dans toutes les langues romanes ?

– Comment expliquer qu’une telle tranformation se soit faite en près de quatre siècles, de la disparition de l’empire romain vers l’an 400 à l’apparition de la langue romane mentionnée au concile de Tours en l’an 813, alors que la stabilité des langues semble une loi générale ? Antoine Meillet met pourtant plusieurs fois en évidence ce caractère des langues dans son livre sur l’histoire de la langue latine[3] : « langue d’un grand empire, le latin a gardé durant quelques huit cents ans une stabilité. »

Après huit siècles de stabilité, la langue aurait tout à coup muté à une vitesse vertigineuse au point qu’elle devienne méconnaissable !

Antoine Meillet sent bien qu’il y a là une curiosité qui ne serait propre qu’au latin et il s’ingénie à trouver des explications à la stabilité de certaines langues, comme il le fait pour le turc. « Le turc d’aujourd’hui est le turc d’il y a mille ans, la schématisaton rigide de la langue l’a préservée du changement. » Y aurait-il une loi qui expliquerait la préservation par le schématisme des langues ? Antoine Meillet note également que « la structure de l’arabe d’aujourd’hui est encore toute semblable à celle des langues sémitiques d’il y a trois mille ans ». Et pour qui connaît le grec ancien et le grec moderne on ne peut que s’étonner devant la remarquable continuité du vocabulaire et de la grammaire grecs sur deux mille cinq cents ans. Oui, les langues sont éminemment stables alors pourquoi une transformation du latin, – et quelle transformation ! –, en l’espace de quatre siècles seulement ?

Pourquoi la langue latine se fige-t-elle, pourquoi les langues romanes sont-elles si semblables entre elles et si différentes du latin ?

Nous allons passer en revue toutes ces questions et je vais m’appliquer à faire une démonstration accessible aux non spécialistes. Il faut pourtant, cher lecteur, que vous ayez conscience de deux écueils majeurs.

D’abord, vous ne pouvez pas échapper au poids du dogme, et sans cesse vous reviendra à l’esprit la même interrogation : « Mais comment se fait-il que toutes les universités, de tous les pays, enseignent une origine latine des langues romanes ? Est-il possible que l’on se trompe depuis si longtemps et avec la même constance ? Et pourquoi est-ce un amateur qui ferait cette découverte, et non un universitaire ? »

Justement, je ne pense pas qu’un homme du sérail puisse remettre en cause à la fois le dogme et la tradition. Voyez comment les linguistes Jean Perrot et Louis Hjelmslev s’autocensurent ! Ils s’arrêtent au milieu du gué. Ne soyez pas timorés ! Osez aller jusqu’au bout de la logique, quelles que soient vos convictions antérieures !

Le deuxième écueil vient de ce qu’une analyse superficielle peut laisser croire que le latin et les langues romanes ont beaucoup de points communs. Serait-ce le cas d’ailleurs que cela ne voudrait pas dire que les secondes découlent du premier. L’allemand et l’anglais, toutes deux langues germaniques, sont assez proches et pourtant l’anglais n’a pas pour langue-mère l’allemand, il en est de même du russe et du polonais par exemple.

Les nombreux points communs au latin et aux langues romanes viennent d’une origine commune, l’indo-européen, voire d’une branche de celui-ci appelée italique. À cela s’ajoutent les effets d’une coexistence de près de vingt siècles entre les langues romanes parlées et la langue latine écrite, au point que de nombreux mots romans ont été empruntés au latin.

Enfin, la croyance aveugle en une origine latine des langues romanes a conduit les étymologistes français à inventer une origine latine à chaque mot ou presque. Tous les procédés, des plus ingénieux aux plus malhonnêtes, sont mis à contribution pour mettre en évidence une prétendue filiation, sans aucune règle scientifique. Je montrerai que l’origine indo-européenne apparaît souvent avec beaucoup plus d’évidence, et qu’il est possible d’imaginer une étymologie plus rationnelle. Vous avez certainenement entendu mille fois que le mot TRAVAIL vient du latin TRIPALIUM (instrument de torture), que le mot ESCLAVE vient de SLAVUS (slave), ou que le mot FORÊT vient de FORESTIS (extérieur). Ces étymologies sont sans fondement, mais elles confortent l’idée d’une origine latine des langues romanes, alors qu’elles ne sont que le résultat de nos errements.

Là aussi, j’imagine votre perplexité. Comment, me direz-vous, toute notre étymologie serait fausse et quels sont vos titres pour vous permettre une telle remise en cause ? Je vous l’ai dit, je ne suis pas du sérail. J’ai simplement étudié, depuis des années, la linguistique et de nombreuses langues, et j’ai découvert qu’il y avait une autre voie possible.

Permettez-moi de citer à nouveau Bouddha : « Ne croyez pas une chose simplement sur des ouï-dire. Ne croyez pas sur la foi des traditions uniquement parce qu’elles sont en l’honneur depuis nombre de générations. Ne croyez pas une chose sur le simple témoignage d’un sage de l’Antiquité. Ne croyez pas une chose parce que les probabilités sont en sa faveur ou parce que l’habitude nous pousse à la croire vraie. Ne croyez rien en vous fondant sur la seule autorité de vos maîtres ou des prêtres. »

Défaites-vous de votre prêt-à-penser, ne vous en remettez pas aux spécialistes, jugez par vous-mêmes.

Je présente ci-après les deux schémas de filiation des langues romanes. Le schéma « ancien », celui qui est enseigné par toutes les universités, et le schéma nouveau celui que je vais démontrer dans ce livre.

Dans le schéma ancien, la langue primitive, l’indo-européen, se serait transformée en italique, lui-même se serait transformé en latin. Dès l’époque romaine, le latin se serait transformé en bas latin, lequel aurait donné naissance aux langues romanes.

Dans le schéma nouveau, que je vais démontrer dans ce livre, l’indo-européen se serait transformé en italique, qui se serait transformé d’une part en latin, et d’autre part en italien ancien, bien avant l’époque romaine, puis l’italien ancien aurait donné naissance aux différentes langues romanes, alors que le latin n’a pas eu de descendance.

[1] Antoine Meillet, Esquisse d’une histoire de la langue latine, 1928. Librairie Klincksieck.

[2] Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Librairie Hachette, vers 1870 .

[3] Op. cit.


Posté par cortezyves à 22:23 - Extraits du livre - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 octobre 2007

Molière et le latin

La lecture de chaque ouvrage ancien me renforce dans la conviction que les langues, la nôtre comme toutes les autres, évoluent très lentement, rendant peu crédible l'idée que le latin aurait pu se transformer si radicalement en l'espace de 4 à 6 siècles.

Appelons Molière à la rescousse!

En relisant "Le médecin malgré lui" j'ai constaté

1 . Que la langue de Molière, vieille de près de 350 ans, était identique à la nôtre sur le plan de la syntaxe, de la grammaire et du vocabulaire à quelques rares exceptions près.

2 . Les très rares mots rencontrés dans cette oeuvre de Molière, et qui ne sont plus utilisés à ce jour sont:

     - Des mots presque italiens: BOUTER (buttare), BASTE (basta), CAROGNE (carogna), DRAIT (diritto), DULCIFIANT (dolce)

     - Des mots divers qui ne nous viennent pas du latin: PENDARD (Cf l'espagnol pendero), COMPERE (Cf l'espagnol compadre),  JULEPS et BELITRE.

Vous avez bien noté, ces mots sont au nombre de neuf.

En d'autres termes on constate une remarquable stabilité de la langue , et les rares mots que le sieur Molière employait et que nous n'employons plus nous rapprochent de l'italien et non pas du latin. Bien sûr la démonstration est encore plus probante avec le français ancien comme je le montre dans le chapitre de mon livre "Le français ne vient pas du latin" consacré au français ancien.

Yves Cortez

Bordeaux le 1.10.2007

Posté par cortezyves à 22:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1