11 novembre 2007

L'étymologie, une preuve supplémentaire que le français ne vient pas du latin

Extrait du livre "Le français ne vient pas du latin" Edition L'harmattan 2007


L’étymologie officielle du français
est fantaisiste

L’étymologie officielle est basée sur l’arbitraire, les fantaisies et la fausse érudition. Répétée de génération en génération, reprise par tous les dictionnaires, elle finit par avoir force de loi. Et l’on redit à satiété, que le mot TRAVAIL vient du latin TRIPALIUM (instrument de torture), que le mot SANGLIER vient du latin SINGULARIS (solitaire), que le mot ESCLAVE vient du mot latin SLAVUS (slave)… et mille autres âneries qui n’ont jamais été démontrées.

Les trois a priori de l’étymologie officelle :

Jamais il n’y a la moindre rigueur. Jamais, comme pour le « bas latin », n’a été formulée la méthode scientifique qui serait la base de l’étymologie officielle. En fait, l’étymologie officielle repose sur trois a priori qui conduisent les étymologistes à se tromper avec une constance qui force mon admiration.

Premier a priori : le français vient du latin. Les étymologistes persuadés que le français vient du latin s’ingénient donc, contre toute logique, à rechercher par tout moyen une origine latine. 

Deuxième a priori  : quand les étymologistes, malgré leur imagination débordante, n’arrivent pas à trouver une origine latine, ils considérent que les mots ont été nécessairement empruntés à une autre langue, et ils ont tendance à se tourner vers les langues qu’ils connaissent bien : l’allemand, le néérlandais, l’italien et l’espagnol. Rappelons tout de suite que, pour ce qu’ils considèrent empruntés à l’italien et à l’espagnol, il s’agit simplement d’un apport direct par le canal de l’« italien ancien ».

Mais par contre, imaginer que nous ayons pu absorber 1500 mots d’origine néérlandaise est une bêtise sans nom. Il suffit de comparer, et je le ferai plus loin, les mots supposés d’origine néérlandaise aux mots italiens pour voir une parenté infiniment plus évidente avec ces derniers. Non, le peuple français n’est pas un peuple de gogos qui passe son temps à happer les mots des langues des autres peuples, non une langue ne se bâtit pas sur l’emprunt en grand nombre de mots étrangers.

Troisième a priori  : pour les étymologistes hors de l’écrit, point de salut !

L’étymologie officielle s’attache à suivre l’évolution des mots à travers des textes de différentes périodes, et veut décrire l’histoire sémantique et phonétique des mots. L’ambition est louable, mais l’erreur consiste à croire que les textes sont assez fiables pour rendre compte véritablement de l’état de la langue. « Hors de l’écrit point de salut », telle pourrait être la devise de l’étymologie officielle. Or, se baser totalement et uniquement sur l’écrit a des limites. En effet, les écrits sont sujets à caution :

§         La littérature n’a pas vocation en soi à traiter tous les sujets de la vie courante. Elle ne transmet pas de façon exhaustive le vocabulaire relatif à la vie domestique : nourriture, cuisine, vêtements, anatomie, agriculture, animaux…

§         La littérature est élaborée, au moins dans les temps anciens, par des érudits, qui, soit sont proches du pouvoir et appartiennent eux-mêmes à la noblesse (les Latins, les Egyptiens, les Assyriens), soit sont spécialisés dans leur domaine, la philosophie ou les sciences, comme les Grecs notamment. Elle ne reflète en rien l’art de vivre du peuple, et néglige de ce fait une partie du vocabulaire.

§         Les écrivains eux-mêmes font de l’autocensure et font usage d’un vocabulaire choisi. L’exemple de la littérature française, qui bannit des centaines de mots d’argot – y compris des mots qui n’ont pas de caractère grossier – est à ce titre exemplaire.

§         Enfin l’orthographe est loin d’être fiable : elle n’est ni basée sur des données scientifiques solides (la phonétique est une science récente), ni stable, ni uniforme. Elle peut même être plus ou moins sciemment altérée comme nous le montrerons.

Ferdinand de Saussure disait dans son Cours de linguistique : « l’évolution ininterrompue de la langue est souvent voilée par l’attention accordée à la langue littéraire ». Décidément, ce Ferdinand de Saussure se distingue nettement du lot.

Le latin à tout prix

Pour trouver une origine latine aux mots français, contre toute évidence, les étymologistes n’ont pas peur d’utiliser des procédés fallacieux, de petites combines, et d’accepter tout arrangement nécessaire au mépris de toute logique.

J’ai identifié quatre de leurs procédés.

Procédé n°1 : il consiste à trouver un mot latin de même sonorité et à affirmer qu’il est à l’origine du mot français. Je prends quelques exemples au hasard. Vous pourrez faire l’exercice vous-même quand vous aurez compris les clés pour décrypter la supercherie.

BAILLE : ce mot d’argot, ou plus exactement du français populaire, signifie l’eau ou la mer dans l’expression « aller à la baille ». Le Petit Robert propose l’étymologie suivante : « 1325, italien BAGLIA, latin BAJULA (porteur d’eau) ». J’appelle votre attention sur la mention de la date (1325) qui donne un soupçon de rigueur dans ce flou artistique. 

Pour moi, le mot BAILLE a la même origine que le mot BAIE, l’un et l’autre venant de l’italien BAIA que l’on retrouve dans toutes les langues romanes. Ainsi « aller à la baille » veut dire simplement « aller à la plage ».

CHANTIER : le Petit Robert propose : « fin XIIe, pièce de bois, étai, latin CANTARIUS « mauvais cheval », cf. chevalet, poutre ». Cette étymologie est tirée du dictionnaire étymologique de Bloch et Wartburg qui ajoute que le mot latin CANTARIUS est probablement emprunté au grec KANTHELIOS « âne bâté ». Sic !

Comme on le constate, cette proposition est on ne peut plus fantaisiste. Je la réfute totalement. Où est le rapport entre la construction et les mauvais chevaux, ou les ânes bâtés ? Cette explication est tirée par la crinière !

CHANTIER pourrait être un mot composé : CHAN-TIER. La première syllabe renvoie à CHAMP (lieu, espace) et la deuxième est bâtie sur le radical TR que l’on trouve dans TRUIRE (construire, détruire), dans TOUR ou dans TRUELLE. Ce radical renvoie explicitement au bâtiment. Un CHANTIER pourrait être simplement un lieu destiné à la construction, plutôt qu’un mauvais cheval, ou un âne bâté.

CANCAN : un chef d’œuvre de charabia. Le Petit Robert propose : « 1602 : quanquan de collège. 1554, latin QUAMQUAM « quoique » avec l’ancienne prononciation ». Cette étymologie est tirée de Bloch et Wartburg, mais le Petit Robert l’abrège car la seconde partie est encore plus ridicule. Je la cite intégralement : « Au sens de danse vulgaire et bruyante, 1836, vient probablement d’un nom enfantin du canard, sens attesté en 1808 ; Cancan signifierait donc proprement « Danse évoquant le dandinement des canards ».

Il faut bien le reconnaître, on atteint là des sommets d’absurdité, ponctués de dates d’une extraordinaire précision qui donnent comme un vernis scientifique.

Les étymologistes officiels qui connaissent si bien le latin, et qui font presque tout venir du latin, auraient pu faire un rapprochement avec le verbe latin CANERE (chanter). Par ailleurs, le redoublement d’un radical est assez fréquent dans les termes ayant un rapport avec les sons : MURMURER, BROUHAHA, TAPOTER, ZEZAYER, SUSURER… Pour moi, la racine CAN se trouve en latin et en italien ancien, c’est donc une racine italique, qui signifie chanter. Le CANCAN est une sorte de chant basé sur la répétition. 

ÉQUARRIR : viendrait du latin EXQUADRARE, rendre carré. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond là-dedans.

Décomposons le mot : E.QUARRIR.

Le préfixe « E » a le sens de l’exclusion, et QUARRIR vient de l’italique CAR (la chair).

Équarrir, il n’y a pas de quoi rire, veut dire simplement « ôter la chair ». Ce n’est pas plus carré comme ça ? 

ÉPICE : le mot viendrait du latin SPECIES (espèce).

Il n’y a aucun rapport entre les deux mots quoi qu’en pensent les étymologistes officiels.

Le mot ÉPICE se découpe en E-PICEPICE est bâti sur le radical PS déformation du radical PT qui a servi dans toutes les langues européennes à forger des mots relatifs à la nourriture :

fr. PÂTE, PATÉ, POTAGER, POPOTE, PINTE, PITANCE, PLAT…, it. PIZZA, russe PIT’ (boire), ang. PIE (gâteau), et même en latin PISTOR (boulanger)…

Bref PICE est la nourriture, et E-PICE est ce qui est extérieur à la nourriture, autre que la nourriture, en l’occurrence je comprends EPICE comme étant l’accompagnement de la nourriture.

ESCLAVE : le Larousse et le Petit Robert donnent la même étymologie : « vient du latin médiéval SCLAVUS de SLAVUS (Slave), le Germain ayant réduit de nombreux Slaves en esclavage ».

Notons d’abord que le mot ESCLAVE se dit SKLAVE en allemand, SCHIAVO en italien, ESCLAVO en espagnol. Toutes ces langues auraient inclus la lettre supplémentaire « K » dans le mot SLAVE. Ce qui me force à penser que le mot ESCLAVE n’a rien à voir avec les SLAVES, et qu’il est bien antérieur.

Dans ESCLAVE, je vois un mot composé ESC-LAVE, où LAVE renvoie au travail (latin LABOR, italien LAVORO, français LABEUR). Le labeur étant entendu au sens noble du mot. L’esclave est celui qui est exclu du LABEUR pour être réduit aux tâches ingrates.

L’esclavage est une vieille institution humaine et les Indo-Européens n’ont pas attendu les Slaves pour le désigner.

SANGLIER : viendrait du latin SINGULARIS (solitaire). Comme si le sanglier vivait seul ! Pour faire de l’étymologie, il faut parfois sortir de ses bouquins ou, à défaut, interroger les chasseurs. Ils vous diront que les sangliers sont rarement seuls, et même vivent de façon très grégaire.

La première syllabe SAN est indo-européenne, et sous des formes phonétiques variées mais proches, SIN, CHAN, CAN… on la trouve dans de très nombreux mots relatifs aux animaux : CAN.ICHE, CAN.ASSON, CAN.ARD, SIN.GE, GEN.ISSE, CHIEN, CHAM.OIS, CHAM.EAU

La deuxième syllabe GLIER n’est pas facile à déchiffrer, j’en conviens. Peut-être renvoie-t-elle à GUEULE ? Le sanglier serait simplement un animal ayant une énorme gueule.

TRAVAIL : ce mot viendrait du mot latin TRIPALIUM (qui est un instrument de torture fait de trois pieux). Qui a fait cette trouvaille ? L’histoire ne le dit pas. Je ne m’appesantis pas sur le fait que l’on est toujours là dans la même logique qui consiste à trouver au petit hasard un mot latin qui a une consonnance assez proche. Bref, ils ont trouvé le mot « TRIPALIUM » et ils en concluent donc que le travail était une torture.

D’abord, c’est une évidence, tout mot long est un mot composé. La première difficulté est de décomposer au bon endroit. On peut couper le mot en TRA.VAIL ou en T. RAVAIL. Nous allons voir que c’est la seconde proposition qui est la bonne. Etudions d’abord les syllabes finales RA.VAIL.

Quand on analyse de nombreuses langues, on s’aperçoit que les voyelles sont très sensibles au changement, mais que les consonnes ne se transforment que très peu, et toujours de la même façon. Ainsi, pour simplifier, je dirais que ce qui nous intéresse dans RAVAIL se sont les consonnes donc les lettres R et V. Or le R se transforme phonétiquement souvent en L, et le V se transforme phonétiquement souvent en B. Donc cet ensemble de lettres RV, que j’appelle un radical, peut se trouver sous les formes LV, LB, ou RB. En allemand et en russe, qui sont des langues indo-européennes, le travail se dit pour l’un ARBEIT et pour l’autre RABOT. Premier constat : les mots qui désignent le travail en allemand et en russe utilisent le même radical RB.

En italien on dit LAVORO et en latin LABOR, donc dans deux langues italiques le mot travail est bâti sur le radical LB dont j’ai dit plus haut qu’il était équivalent à RB ! Dans les mots français L.ARBIN (personne affectée à des petits travaux), corvée, turbin,…on retrouve toujours le radical RB, qui est la trace indélébile d’un mot ancien relatif au travail.

Revenons au mot TRAVAIL, que nous avons décomposé en T.RAVAIL. Le T initial est un préfixe indo-européen qui signifie l’exclusion. Donc ceux qui travaillent sont exclus du RAVAIL, du LABEUR au sens noble. Le TRAVAIL en français serait donc l’activité des serfs, opposée à d’autres activités plus nobles.

J’en parlerai dans un livre à venir sur la vie sociale de nos lointains ancêtres, décryptée grâce à une étymologie complètement renouvelée.

TRIVIAL : le mot TRIVIAL n’a rien à voir avec le latin TRIVIUM (trois voies), comme le propose l’étymologie officielle avec sa même logique de recherche arbitraire d’un mot latin ayant une même consonance. TRIVIAL se décompose en T.RIVIAL et signifie, en suivant la démonstration précédente, ce qui n’a pas le caractère du LABEUR noble.

Le petit exposé que je viens de faire avait pour but de vous faire entrevoir un monde nouveau, et de vous montrer qu’il existe une véritable alternative à l’étymologie officielle. Il est certes plus facile d’aller à la pêche du premier mot latin ayant la même sonorité, mais une démarche rationnelle est infiniment plus productive.

Procédé n°2 : il consiste, pour l’étymologie officielle, à prendre la traduction latine du mot français ou un mot au sens très voisin et à décréter qu’il y a eu, soit une transformation phonétique, soit une forte altération du mot latin. Voici quelques exemples parmi des milliers d’autres.

ALLER : viendrait du latin AMBULARE. On laisse le lecteur imaginer quelles transformations, quelles altérations et quelles déformations il aurait fallu pour passer de l’un à l’autre ! Et si une telle évolution avait eu lieu, on pourrait trouver des formes intermédiaires, et on n’en trouve aucune.

CONVOITER : viendrait d’un mot du latin populaire CUPIDIETARE lui-même venant de CUPIDITAS (cupidité). Cette étymologie résulte d’une apparente parenté entre CONVOITISE et CUPIDITE, sans que la correspondance phonétique soit démontrée.

CONVOITER est un mot composé CON-VOITERVOITER est basé sur le radical VD/VT (voir) : en latin VIDERE (voir), en russe VIDET’ (voir), en suédois VETA (savoir), en sanskrit VEDA (connaissance)… Le préfixe CON a le sens de renforcement. CONVOITER c’est regarder avec insistance. 

COUSIN : viendrait du latin CONSOBRINUS. La parenté évidente du mot COUSIN avec l’italien CUGINO me laisse penser que ce mot est une déformation de l’italien, lui-même ne venant pas du latin mais étant un mot composé CO-GENE (des mêmes « gens », de la même famille).

DURER : le Petit Robert propose l’étymologie suivante : « fin XIe, latin DURARE « durcir, endurer, résister, durer ». Cette étymologie est caractéristique d’une part importante de l’étymologie officielle qui fait fi de la sémantique, c’est-à-dire du sens des mots. Elle laisse entendre que ce qui est dur peut durer. Mais en réalité la DURETÉ n’a rien à voir avec la DURÉE.

À l’inverse, les étymologistes auraient pu être alertés par le rapprochement avec le mot allemand DAUERN (durer) ou le latin DIURNUS (qui dure un jour). Le mot DURER contient le radical indo-européen UR/OR/ER qui a donné dans la plupart des langues indo-européennes la mesure du temps : en français HEURE, JOUR, ALORS, HIER, ÈRE, en grec moderne MERA (jour) KAIROS (temps), etc.

EAU : viendrait du latin AQUA. Le mot français et le mot latin n’ont pas un seul son en commun ! On voudrait nous faire croire qu’il y a eu une transformation totale du mot AQUA pour la seule langue française ! Alors qu’en italien et en espagnol on dit toujours AQUA et qu’en occitan et en catalan l’évolution phonétique a conduit au mot AïGO, qui reste assez proche de l’italien.

Le mot EAU est une abréviation d’un mot indo-européen OD ou OT dont on retrouve la trace en anglais WATER, en russe VODA, et en français GOUTTE, OUTRE, MOITE…

MANGER : viendrait du latin MANDUCARE (mâcher). Oui, il y a un peu de ressemblance entre le mot français et le mot latin. Mais en réalité ce mot dérive plus sûrement d’un radical indo-européen MS :

Russe

Hindi

MIASO (viande) 

MANS (viande)

Anglais

MOUTH (bouche), MEAT (viande)

Latin

MENSA (table où l’on mange)

Grec

Allemand

MEZE (hors d’œuvre)

MAGEN (estomac)

En français, ce radical MS a donné les mots : METS, MACHER, MASTIQUER, MESS, MUSEAU… Et chose banale, MANGER se dit MANGIARE en italien !

Procédé n°3 : quand, par malheur, l’étymologie officielle ne trouve pas de mot latin, elle a l’idée géniale de l’inventer ! Et l’on vous sort du chapeau un mot baptisé « bas latin ». Les étymologistes travaillent beaucoup du chapeau !

BOUGER : l’étymologie officielle fait venir ce mot du latin °BULICARE (mot reconstitué bâti sur le mot latin BULLIRE (bouillir). Le mouvement suggéré dans BOUGER viendrait donc du bouillonnement !

En fait le mot BOUGER est basé sur le radical BG qui sous sa forme plus courante VG est un radical indo-européen que l’on retrouve en français dans VOGUER, DI-VAGUER, VAGABOND… en latin VAGUS (errant), VAGOR (errer), en allemand WEG (chemin), WAGEN (voiture)… Le verbe BAGUENAUDER est bâti sur le même radical.

CHANGER : viendrait d’un « mot latin de basse époque CAMBIRE qui lui-même viendrait du gaulois ». (sic !)

Curieux que ce mot latin CAMBIRE que l’on ne trouve dans aucun texte classique. D’où vient l’idée des étymologistes d’imaginer une origine gauloise ? Sur quoi se basent-ils pour une telle affirmation ? Ont-ils à leur disposition des textes gaulois ? Ou ont-ils réussi à reconstruire la langue gauloise ?

Je vois dans CHANGER le préfixe CH et un verbe °ANGER (cf français AGIR, latin AGERE) de même que RANGER se décompose en R. ANGER (agir à nouveau) ou MEN.AGER (agir en moins). Le préfixe CH/S  renvoie à l’exclusion. Aussi CH.ANGER c’est « agir hors de, agir différemment ».

RINCER : l’étymologie officielle fait venir ce verbe d’un supposé verbe latin °RECENTIARE (dérivé de RECENS au sens de « frais » disent-ils). Le mot RECENTIARE n’existe pas en latin !

Je vois plutôt un mot bâti sur le radical RN : allemand RINNEN (couler), anglais RAIN (pluie), grec REON (liquide). La toponymie nous donne les mots RHIN, RHONE, GARONNE. Ça coule de source, non ?

Procédé n°4 : enfin, quand tous les procédés ont été utilisés jusqu’à la corde, l’étymologie officielle se rabat sur un grand numéro digne de la charlatanerie de boulevard. On voudrait nous faire croire que certains mots français viennent de la contraction d’expressions latines.

AVIS : le Petit Robert et le Larousse reprenant le Bloch et Wartburg proposent : « Ce m’est avis » du latin « MIHI EST VISUM ». Voilà bien une pure élucubration. Il est peu probable que les mots se forment de la sorte. Je rapproche AVIS de AVEU, AVOUER, où le préfixe A ou AV signifie la provenance, l’origine. Donner un avis, c’est tout simplement s’« exprimer ». 

FORÊT : viendrait de FORESTIS (lequel mot serait du bas latin) par une locution recomposée °SILVA FORESTIS, « forêt en dehors (foris) de l’enclos ».

Selon leur procédé habituel, les étymologistes officiels en cherchant au petit bonheur ont trouvé que le mot FORET sonnait comme le mot latin FORIS qui signifie « en dehors ». Ils ont donc inventé une expression latine « SILVA FORESTIS » où SILVA est le mot latin pour désigner la forêt et FORESTIS est un mot inventé pour les besoins de la cause (premier tour de passe-passe) et qui signifierait extérieur. Donc notre forêt serait une SILVA ( !) extérieure. Vous suivez ! Et le mot SILVA aurait disparu (deuxième tour de passe-passe) pour ne laisser que le mot FORESTIS qui lui aurait donné le mot FORÊT.

Voilà cher lecteur, le genre de « démonstration » que l’on voudrait nous faire avaler, basée sur des expressions qu’on ne rencontre jamais, sur des mots qui n’existent pas et sur des disparitions opportunes.

Pour moi, la FORÊT vient plus sûrement du mot indo-européen FOR (feu). Cf. le français FOUR, FORGE, EN.FER, le grec PHAROS, l’allemand FEUER… La FORÊT c’est d’abord et avant tout le lieu où l’on trouve du bois pour le feu.

MÊME : les étymologistes sont très gênés devant ce petit mot tout simple. Alors ils vont sortir le grand jeu et utiliser toute la panoplie des supercheries possibles. MÊME viendrait du latin populaire METIPSIMUS, superlatif du mot latin populaire METIPSE qui lui viendrait du latin classique « EGOMET IPSE », moi-même en personne.

Le latin populaire, vous savez c’est ce latin que tout le monde cherche, et que personne n’a jamais trouvé. Le mot METIPSE est une invention basée sur l’idée que dans l’expression latine EGOMET IPSE l’usage aurait abandonné la première partie EGO du mot EGOMET. Mais comme ce terme est encore trop éloigné du mot français MÊME, on lui invente un superlatif pour introduire un M supplémentaire. Les étymologistes officiels laissent le soin au lecteur de déduire que le mot METIPSIMUS s’est transformé en MÊME.

L’imagination des étymologistes est débordante, mais les ficelles sont un peu grosses.

J’espère que ces exemples vous auront convaincus que l’étymologie officielle est totalement fantaisiste, et j’espère aussi vous avoir ouvert d’autres perspectives plus fructueuses et plus rationnelles.

Ce que certains étymologistes montrent comme une preuve que le français vient bien du latin repose en fait sur leur postulat. Non, l’étymologie, bien conçue, montre au contraire que le français ne vient pas du latin. C’était notre cinquième preuve.




Posté par cortezyves à 22:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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