17 avril 2008

Cartularios de Valpuesta

Cartularios de Valpuesta

Les Espagnols s’intéressent tout particulièrement aux Cartularios de Valpuesta , car ils considèrent ces documents écrits du IX° au XIII° siècle, comme des témoins de la transformation du latin en castillan. Tout me laisse à penser, et nous allons tenter de faire une analyse de ces textes, qu’il s’agit en fait de documents écrits dans un mauvais latin , ou plutôt d’une latinisation de textes conçus en langue romane, très précisément en castillan et en aragonais.

Rappelons tout d’abord que les Français pensent aussi que le Serment de Strasbourg est un document qui illustre le passage du latin au français. J’ai démontré dans mon livre « Le français ne vient pas du latin » que ce texte était en fait la preuve qu’en cette année 842 existait déjà une langue proche du français, qui conservait beaucoup de traits de son origine italienne et non latine.

Les Italiens ont cru trouver de même dans « L’Indovenillo veronese » (la devinette de Vérone) un texte illustrant le passage du latin à l’italien. J’ai apporté dans ce blog des éléments montrant qu’il s’agissait en toute vraisemblance d’un document écrit par quelqu’un qui avait une connaissance imparfaite du latin, et non d’un texte intermédiaire entre le latin et l’italien.

Un lecteur avisé de mes écrits faisait dans ce blog le commentaire suivant : « 0n pourrait dire de même des 'Cartularios de Valpuesta', censés être le plus ancien document roman, et qui semble plutôt du latin de cuisine accommodé de quelques mots castillans, soit que l'auteur maîtrisait très mal le latin, soit qu'il a tenté de faire une sorte d'interlingua à peu près accessible au vulgaire. »

Revenons donc aux Cartularios de Valpuesta, après avoir constaté que les Espagnols ne sont pas les seuls à rechercher désepérément les preuves d’une improbable transition entre le latin et leurs langues.

Un des meilleurs connaisseurs de ces textes, Emiliano Ramos Remedios, dans son analyse magistrale « Analisis lingüistico » appelle notre attention sur un point important : « Une série de documents datés de 1132, principalement le document n° 162 de cette même année, représente déjà des documents quasi « romans » (Il en est de même des documents n°176 de l’année 1184 et  n°177 de l’année 1190).»

Quant à celui de l’année 1200 le n°178 je vous laisse apprécier, si vous mettez de côté la formule introductive, son caractère proprement castillan : »  In Dei Nomine. Esto sea sabudo a los que son et a los que seran , que Fortun Sangez De Butrana dio una tierra al molin de rriba por anniversario a los chanonigos de Valpuesta ».

L’ analyse détaillée des textes, parmi les Cartularios de Valpuesta écrits en castillan, nous apprend tois choses :

   - D’une part, que la langue castillane existait déjà vers l’année 1100

   - Que cette langue ressemble très fortement au castillan contemporain, et qu’elle en a toutes les caractéristiques principales sur les plans de la syntaxe, de la grammaire et du vocabulaire.

- Et curieusement, alors qu’en l’an 1132 on parle manifestement déjà le castillan, les Cartularios de Valpuesta utilisent alternativement soit une langue proche du castillan, soit une langue latinisée, jusqu’en 1200.

En conclusion :

   1 . Nous découvrons que le castillan existait déjà dans une forme très proche de l’actuel castillan, confirmant par là une règle constante : les langues évoluent lentement. Ce qui rend improbable une transformation radicale du latin sur les plans de la syntaxe, de la grammaire et du vocabulaire en l’espace de quelques siècles, alors que les langues romanes malgré les bouleversements considérables que les pays romans ont connu en 10 siècles n’auraient pratiquement pas évoluées.

   2 . A bien y regarder, les textes en castillan ancien, écrits il y a plus de 800 ans ne nous dévoilent pas de traits latins résiduels. En menant une analyse systématique comme je l’ai fait pour l’ancien français, on découvrirait une convergence avec l’italien et non avec le latin.

   3 . Si , comme le montre le texte daté de 1132, le castillan existait à cette époque, les textes « latinisants » écrits quelques décades avant et après cette date ont un caractère nettement artificiel. Ce mauvais latin résulterait non pas d’une transformation progressive du latin en castillan, puisqu’il est contemporain du castillan, mais d’une connaissance imparfaite du latin, et donc serait la manifestation d’un jargon « latinisant » qui satisfaisait tous les lecteurs de cette époque .

Bordeaux le 16 avril 2008

Yves Cortez

Posté par cortezyves à 16:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Cartularios de Valpuesta

Nouveau commentaire