16 décembre 2007
El català, el llati, Dante....Cortez
(Le journal El Temps de Catalogne m'a fait l'honneur de parler de mon livre) Extraits :
"Yves Cortez lingüista autodidacte acaba de publicar un livre( Le françaiis ne vient pas du latin) dedicat a demostrar que les llengües romàniques no son filles del llati, es a dir , que els invasors romans, no solament no parlaven llati, sino que ni tan sols parlaven llati vulgar, sino una llengua diferent que Cortez pensa que és un italià provinent de l'indoeuropeu.
Cortez hauria pogut invocar per reforçar la seva tesi que Dante no pensava que el llati fos la base llingüitica dels vulgars romanics sino una gramatica que certs pobles es van donar artificialment com a llengua de relatio estable en el temps i estesa en l'espai, i que se sostenia en els vulgars naturals. Es a dir que el llati va ser construit a partir dels vulgars romanics, que va ser inventat després d'haver-se format aquells vulgars.Aquesta situatio de coexistencia acronica de gramatica i vulgar, és a dir, de lengua escrita codificata (llàti) i llengua parlada (romanç) formava part del comu sentir de l'epoca . S'haura d'esperara l'humanista italià Flavio Blondo per a veure formulada en el plà teoric la visio alternativa que el vulgar va neixer de la transformatio del llati al segle VI . Aqueste visio ha tingut molt d'èxit , especialment entre els etimologistes, i contra aquesta visio lluita Yves Cortez " LLUIS BONADA
Merci aux catalans pour l'attention qu'ils portent à ma thèse.
Italian and french do not come from Latin
Italian and French do not come from Latin
Unlike what is taught in all the universities, it appears that Italian does not come from Latin, any more than any other Romance language such as Spanish, French or Rumanian comes from Latin.
Just as we thought for centuries that the sun rotated around the earth, based on our daily observations, common sense leads us naturally to think that Latin evolved into the different Romance languages.
However linguists, who are aware of substantial divergences between Latin and the Romance languages both in terms of syntax and glossary, have taken a first step towards supporting a different theory. They had to appeal to the concept of “Vulgar Latin”, which is supposed to be the spoken language resulting from Classical Latin. It is the former that is purported to have given rise to the Romance languages.
I agree with these linguists on one single point, namely that Classical Latin could not have evolved into the Romance languages, but I disagree on the rest:
- What we wrongly call “Vulgar Latin” is none other than Italian
- This Italian did not develop from Latin, but is a distinct Indo-European language
- So the Romans were bilingual, speaking Italian and writing Latin
- The Romans gave their Empire two languages: a spoken language which was Italian and a written one, Latin
Of course, to reach such conclusions I have carried out in-depth research that I summarised in my book entitled “Le français ne vient pas du latin” (Edition L’Harmattan, Paris 2007).
Some people block up their ears, when I state my conclusions, but those who take the time to read my book, do not remain indifferent. What I have written is not a pamphlet, but a thorough demonstration.
So I wish you enjoyable reading and look forward to discussing the issues with you.
Bordeaux, France
12 décembre 2007
l'italiano non proviene dal latino
(L'italien ne vient pas du latin)
Diversamente da quanto si insegna all’università, pare che l’italiano non provenga dal latino.
Proprio come, sulla base dell’osservazione quotidiana, abbiamo creduto per secoli che il sole ruotasse attorno alla terra, seguendo il buon senso siamo portati a credere che il latino si sia trasformato dando vita alle varie lingue romanze.
Tuttavia i linguisti, consapevoli delle notevoli differenze che esistono tra il latino e le lingue romanze sul piano sintattico, grammaticale e lessicale, mi hanno fatto una prima concessione, ricorrendo al concetto di “latino volgare”, vale a dire la lingua parlata, originata dal latino classico, da cui sarebbero scaturite le lingue romanze.
Sono d’accordo su un punto con i linguisti: il latino classico non ha generato le lingue romanze. Divergo però sul resto:
- quello che chiamiamo a torto “latino volgare” non è altro che italiano;
- questo italiano non è il risultato di una trasformazione del latino, ma è un’altra lingua indoeuropea;
- i Romani erano quindi bilingui, parlavano in italiano e scrivevano in latino;
- i Romani ci hanno tramandato queste due lingue.
Sono giunto a tali conclusioni dopo aver svolto lunghe ricerche che ho riassunto nel mio libro, intitolato : Le français ne vient pas du latin, (Edition L’Harmattan, Parigi, 2007). C’è chi si tappa le orecchie di fronte alle mie conclusioni, ma chi si prende la briga di dedicare un po’ di tempo alla lettura del volume non resta indifferente, perché ciò che ho scritto non è un pamphlet bensì una dimostrazione rigorosa.
Perciò buona lettura e ne riparleremo.
Bordeaux, 3 ottobre 2007
29 novembre 2007
Comparaison de l'anglais et du français
Tout le monde s’accorde pour dire que l’anglais est une langue germanique qui a incorporé un vocabulaire français très important.
Après lecture de mon livre « Le français ne vient pas du latin » Edition L’harmattan 2007 , vous aurez été convaincu que le français est de l’italien « ancien » qui a intégré un important vocabulaire latin.
C’est en cela que les langues anglaise et française sont comparables. Toutes deux ont une structure primitive qui est presque rendue invisible du fait d’un apport lexical complémentaire massif. Mais regardons les choses point par point.
L’anglais est une langue germanique.
1 . Sur le plan grammatical
Ce n’est curieusement pas la grammaire qui fait la parenté entre les langues germaniques que sont entre autres l’anglais, l’allemand, le suédois…
L’allemand a trois genres, le suédois deux, l’anglais un.
L’allemand a des déclinaisons, l’anglais n’en a pas.
L’allemand et l’anglais placent leurs articles devant les noms, le suédois derrière.
L’anglais a une forme progressive les autres langues n’en ont pas.
Enfin la syntaxe de l’allemand est différente de celles des autres langues germaniques.
Ce n’est pas la grammaire qui illustre la forte parenté entre les langues germaniques.
2. Sur le plan du vocabulaire
a . Le vocabulaire courant
Si l’on compare les vocabulaires courants de l’anglais et de l’allemand on est frappé de constater l’étonnante ressemblance des deux langues.
Prenons les mots qui décrivent le corps. Voilà à titre d’exemple des mots qui sont pratiquement identiques dans les deux langues : Cheveux, nez, oreille, bras, épaule, cœur, foie, poumon, pied.
Prenons les mots qui décrivent les liens de parenté, ils sont quasiment identiques : père, mère, fils, fille, frère, sœur.
Prenons les verbes courants .Sont quasiment identiques les verbes suivants :
Aider, aimer, aller, apprendre, attendre, avoir, boire, commencer, dire, donner, dormir et quelques dizaines d’autres parmi les verbes les plus usités.
Prenez les adverbes, les prépositions, les conjonctions, les adjectifs usuels, bref de façon générale le vocabulaire courant et vous ne pouvez que conclure à une forte similitude entre les vocabulaires des deux langues et par extension à une origine commune des deux langues.
b . Le vocabulaire savant
Le vocabulaire savant de l’anglais est emprunté au français et au latin via le français.
En conclusion : L’allemand et l’anglais divergent assez fortement quant à la grammaire, et sont très proches quant au vocabulaire de base.
Comparaison entre le français et l’italien
1 . Sur le plan de la grammaire
Les deux langues ont pratiquement la même grammaire !
2 . Sur le plan du vocabulaire
Les deux langues ont pratiquement le même vocabulaire de base ( pour le détail : Cf le livre « Le français ne vient pas du latin » ). Les deux langues ont emprunté au latin leur vocabulaire savant.
CONCLUSION GENERALE
Sur le plan du vocabulaire, l'anglais et le français ont la même structure. Tous deux ont une base ancienne complétée par des apports extérieurs. L'anglais a une base germanique et un vocabulaire complémentaire emprunté au français, et le français a une base italienne complétée par un vocabulaire savant emprunté au latin.
Sur le plan de la grammaire les choses sont différentes. Si la grammaire du français est si proche de celle de l’italien cela vient d’une filiation directe sans l’intermédiaire du latin. A l’inverse la grammaire de l’anglais diverge fortement de celle de l’allemand car l’anglais n’est qu’un lointain « cousin » de l’allemand.
Bordeaux le 30.11.2007
Yves Cortez
11 novembre 2007
L'étymologie, une preuve supplémentaire que le français ne vient pas du latin
Extrait du livre "Le français ne vient pas du latin" Edition L'harmattan 2007
L’étymologie officielle du français
est fantaisiste
L’étymologie officielle est basée sur l’arbitraire, les fantaisies et la fausse érudition. Répétée de génération en génération, reprise par tous les dictionnaires, elle finit par avoir force de loi. Et l’on redit à satiété, que le mot TRAVAIL vient du latin TRIPALIUM (instrument de torture), que le mot SANGLIER vient du latin SINGULARIS (solitaire), que le mot ESCLAVE vient du mot latin SLAVUS (slave)… et mille autres âneries qui n’ont jamais été démontrées.
Les trois a priori de l’étymologie officelle :
Jamais il n’y a la moindre rigueur. Jamais, comme pour le « bas latin », n’a été formulée la méthode scientifique qui serait la base de l’étymologie officielle. En fait, l’étymologie officielle repose sur trois a priori qui conduisent les étymologistes à se tromper avec une constance qui force mon admiration.
Premier a priori : le français vient du latin. Les étymologistes persuadés que le français vient du latin s’ingénient donc, contre toute logique, à rechercher par tout moyen une origine latine.
Deuxième a priori : quand les étymologistes, malgré leur imagination débordante, n’arrivent pas à trouver une origine latine, ils considérent que les mots ont été nécessairement empruntés à une autre langue, et ils ont tendance à se tourner vers les langues qu’ils connaissent bien : l’allemand, le néérlandais, l’italien et l’espagnol. Rappelons tout de suite que, pour ce qu’ils considèrent empruntés à l’italien et à l’espagnol, il s’agit simplement d’un apport direct par le canal de l’« italien ancien ».
Mais par contre, imaginer que nous ayons pu absorber 1500 mots d’origine néérlandaise est une bêtise sans nom. Il suffit de comparer, et je le ferai plus loin, les mots supposés d’origine néérlandaise aux mots italiens pour voir une parenté infiniment plus évidente avec ces derniers. Non, le peuple français n’est pas un peuple de gogos qui passe son temps à happer les mots des langues des autres peuples, non une langue ne se bâtit pas sur l’emprunt en grand nombre de mots étrangers.
Troisième a priori : pour les étymologistes hors de l’écrit, point de salut !
L’étymologie officielle s’attache à suivre l’évolution des mots à travers des textes de différentes périodes, et veut décrire l’histoire sémantique et phonétique des mots. L’ambition est louable, mais l’erreur consiste à croire que les textes sont assez fiables pour rendre compte véritablement de l’état de la langue. « Hors de l’écrit point de salut », telle pourrait être la devise de l’étymologie officielle. Or, se baser totalement et uniquement sur l’écrit a des limites. En effet, les écrits sont sujets à caution :
§ La littérature n’a pas vocation en soi à traiter tous les sujets de la vie courante. Elle ne transmet pas de façon exhaustive le vocabulaire relatif à la vie domestique : nourriture, cuisine, vêtements, anatomie, agriculture, animaux…
§ La littérature est élaborée, au moins dans les temps anciens, par des érudits, qui, soit sont proches du pouvoir et appartiennent eux-mêmes à la noblesse (les Latins, les Egyptiens, les Assyriens), soit sont spécialisés dans leur domaine, la philosophie ou les sciences, comme les Grecs notamment. Elle ne reflète en rien l’art de vivre du peuple, et néglige de ce fait une partie du vocabulaire.
§ Les écrivains eux-mêmes font de l’autocensure et font usage d’un vocabulaire choisi. L’exemple de la littérature française, qui bannit des centaines de mots d’argot – y compris des mots qui n’ont pas de caractère grossier – est à ce titre exemplaire.
§ Enfin l’orthographe est loin d’être fiable : elle n’est ni basée sur des données scientifiques solides (la phonétique est une science récente), ni stable, ni uniforme. Elle peut même être plus ou moins sciemment altérée comme nous le montrerons.
Ferdinand de Saussure disait dans son Cours de linguistique : « l’évolution ininterrompue de la langue est souvent voilée par l’attention accordée à la langue littéraire ». Décidément, ce Ferdinand de Saussure se distingue nettement du lot.
Le latin à tout prix
Pour trouver une origine latine aux mots français, contre toute évidence, les étymologistes n’ont pas peur d’utiliser des procédés fallacieux, de petites combines, et d’accepter tout arrangement nécessaire au mépris de toute logique.
J’ai identifié quatre de leurs procédés.
Procédé n°1 : il consiste à trouver un mot latin de même sonorité et à affirmer qu’il est à l’origine du mot français. Je prends quelques exemples au hasard. Vous pourrez faire l’exercice vous-même quand vous aurez compris les clés pour décrypter la supercherie.
BAILLE : ce mot d’argot, ou plus exactement du français populaire, signifie l’eau ou la mer dans l’expression « aller à la baille ». Le Petit Robert propose l’étymologie suivante : « 1325, italien BAGLIA, latin BAJULA (porteur d’eau) ». J’appelle votre attention sur la mention de la date (1325) qui donne un soupçon de rigueur dans ce flou artistique.
Pour moi, le mot BAILLE a la même origine que le mot BAIE, l’un et l’autre venant de l’italien BAIA que l’on retrouve dans toutes les langues romanes. Ainsi « aller à la baille » veut dire simplement « aller à la plage ».
CHANTIER : le Petit Robert propose : « fin XIIe, pièce de bois, étai, latin CANTARIUS « mauvais cheval », cf. chevalet, poutre ». Cette étymologie est tirée du dictionnaire étymologique de Bloch et Wartburg qui ajoute que le mot latin CANTARIUS est probablement emprunté au grec KANTHELIOS « âne bâté ». Sic !
Comme on le constate, cette proposition est on ne peut plus fantaisiste. Je la réfute totalement. Où est le rapport entre la construction et les mauvais chevaux, ou les ânes bâtés ? Cette explication est tirée par la crinière !
CHANTIER pourrait être un mot composé : CHAN-TIER. La première syllabe renvoie à CHAMP (lieu, espace) et la deuxième est bâtie sur le radical TR que l’on trouve dans TRUIRE (construire, détruire), dans TOUR ou dans TRUELLE. Ce radical renvoie explicitement au bâtiment. Un CHANTIER pourrait être simplement un lieu destiné à la construction, plutôt qu’un mauvais cheval, ou un âne bâté.
CANCAN : un chef d’œuvre de charabia. Le Petit Robert propose : « 1602 : quanquan de collège. 1554, latin QUAMQUAM « quoique » avec l’ancienne prononciation ». Cette étymologie est tirée de Bloch et Wartburg, mais le Petit Robert l’abrège car la seconde partie est encore plus ridicule. Je la cite intégralement : « Au sens de danse vulgaire et bruyante, 1836, vient probablement d’un nom enfantin du canard, sens attesté en 1808 ; Cancan signifierait donc proprement « Danse évoquant le dandinement des canards ».
Il faut bien le reconnaître, on atteint là des sommets d’absurdité, ponctués de dates d’une extraordinaire précision qui donnent comme un vernis scientifique.
Les étymologistes officiels qui connaissent si bien le latin, et qui font presque tout venir du latin, auraient pu faire un rapprochement avec le verbe latin CANERE (chanter). Par ailleurs, le redoublement d’un radical est assez fréquent dans les termes ayant un rapport avec les sons : MURMURER, BROUHAHA, TAPOTER, ZEZAYER, SUSURER… Pour moi, la racine CAN se trouve en latin et en italien ancien, c’est donc une racine italique, qui signifie chanter. Le CANCAN est une sorte de chant basé sur la répétition.
ÉQUARRIR : viendrait du latin EXQUADRARE, rendre carré. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond là-dedans.
Décomposons le mot : E.QUARRIR.
Le préfixe « E » a le sens de l’exclusion, et QUARRIR vient de l’italique CAR (la chair).
Équarrir, il n’y a pas de quoi rire, veut dire simplement « ôter la chair ». Ce n’est pas plus carré comme ça ?
ÉPICE : le mot viendrait du latin SPECIES (espèce).
Il n’y a aucun rapport entre les deux mots quoi qu’en pensent les étymologistes officiels.
Le mot ÉPICE se découpe en E-PICE où PICE est bâti sur le radical PS déformation du radical PT qui a servi dans toutes les langues européennes à forger des mots relatifs à la nourriture :
fr. PÂTE, PATÉ, POTAGER, POPOTE, PINTE, PITANCE, PLAT…, it. PIZZA, russe PIT’ (boire), ang. PIE (gâteau), et même en latin PISTOR (boulanger)…
Bref PICE est la nourriture, et E-PICE est ce qui est extérieur à la nourriture, autre que la nourriture, en l’occurrence je comprends EPICE comme étant l’accompagnement de la nourriture.
ESCLAVE : le Larousse et le Petit Robert donnent la même étymologie : « vient du latin médiéval SCLAVUS de SLAVUS (Slave), le Germain ayant réduit de nombreux Slaves en esclavage ».
Notons d’abord que le mot ESCLAVE se dit SKLAVE en allemand, SCHIAVO en italien, ESCLAVO en espagnol. Toutes ces langues auraient inclus la lettre supplémentaire « K » dans le mot SLAVE. Ce qui me force à penser que le mot ESCLAVE n’a rien à voir avec les SLAVES, et qu’il est bien antérieur.
Dans ESCLAVE, je vois un mot composé ESC-LAVE, où LAVE renvoie au travail (latin LABOR, italien LAVORO, français LABEUR). Le labeur étant entendu au sens noble du mot. L’esclave est celui qui est exclu du LABEUR pour être réduit aux tâches ingrates.
L’esclavage est une vieille institution humaine et les Indo-Européens n’ont pas attendu les Slaves pour le désigner.
SANGLIER : viendrait du latin SINGULARIS (solitaire). Comme si le sanglier vivait seul ! Pour faire de l’étymologie, il faut parfois sortir de ses bouquins ou, à défaut, interroger les chasseurs. Ils vous diront que les sangliers sont rarement seuls, et même vivent de façon très grégaire.
La première syllabe SAN est indo-européenne, et sous des formes phonétiques variées mais proches, SIN, CHAN, CAN… on la trouve dans de très nombreux mots relatifs aux animaux : CAN.ICHE, CAN.ASSON, CAN.ARD, SIN.GE, GEN.ISSE, CHIEN, CHAM.OIS, CHAM.EAU…
La deuxième syllabe GLIER n’est pas facile à déchiffrer, j’en conviens. Peut-être renvoie-t-elle à GUEULE ? Le sanglier serait simplement un animal ayant une énorme gueule.
TRAVAIL : ce mot viendrait du mot latin TRIPALIUM (qui est un instrument de torture fait de trois pieux). Qui a fait cette trouvaille ? L’histoire ne le dit pas. Je ne m’appesantis pas sur le fait que l’on est toujours là dans la même logique qui consiste à trouver au petit hasard un mot latin qui a une consonnance assez proche. Bref, ils ont trouvé le mot « TRIPALIUM » et ils en concluent donc que le travail était une torture.
D’abord, c’est une évidence, tout mot long est un mot composé. La première difficulté est de décomposer au bon endroit. On peut couper le mot en TRA.VAIL ou en T. RAVAIL. Nous allons voir que c’est la seconde proposition qui est la bonne. Etudions d’abord les syllabes finales RA.VAIL.
Quand on analyse de nombreuses langues, on s’aperçoit que les voyelles sont très sensibles au changement, mais que les consonnes ne se transforment que très peu, et toujours de la même façon. Ainsi, pour simplifier, je dirais que ce qui nous intéresse dans RAVAIL se sont les consonnes donc les lettres R et V. Or le R se transforme phonétiquement souvent en L, et le V se transforme phonétiquement souvent en B. Donc cet ensemble de lettres RV, que j’appelle un radical, peut se trouver sous les formes LV, LB, ou RB. En allemand et en russe, qui sont des langues indo-européennes, le travail se dit pour l’un ARBEIT et pour l’autre RABOT. Premier constat : les mots qui désignent le travail en allemand et en russe utilisent le même radical RB.
En italien on dit LAVORO et en latin LABOR, donc dans deux langues italiques le mot travail est bâti sur le radical LB dont j’ai dit plus haut qu’il était équivalent à RB ! Dans les mots français L.ARBIN (personne affectée à des petits travaux), corvée, turbin,…on retrouve toujours le radical RB, qui est la trace indélébile d’un mot ancien relatif au travail.
Revenons au mot TRAVAIL, que nous avons décomposé en T.RAVAIL. Le T initial est un préfixe indo-européen qui signifie l’exclusion. Donc ceux qui travaillent sont exclus du RAVAIL, du LABEUR au sens noble. Le TRAVAIL en français serait donc l’activité des serfs, opposée à d’autres activités plus nobles.
J’en parlerai dans un livre à venir sur la vie sociale de nos lointains ancêtres, décryptée grâce à une étymologie complètement renouvelée.
TRIVIAL : le mot TRIVIAL n’a rien à voir avec le latin TRIVIUM (trois voies), comme le propose l’étymologie officielle avec sa même logique de recherche arbitraire d’un mot latin ayant une même consonance. TRIVIAL se décompose en T.RIVIAL et signifie, en suivant la démonstration précédente, ce qui n’a pas le caractère du LABEUR noble.
Le petit exposé que je viens de faire avait pour but de vous faire entrevoir un monde nouveau, et de vous montrer qu’il existe une véritable alternative à l’étymologie officielle. Il est certes plus facile d’aller à la pêche du premier mot latin ayant la même sonorité, mais une démarche rationnelle est infiniment plus productive.
Procédé n°2 : il consiste, pour l’étymologie officielle, à prendre la traduction latine du mot français ou un mot au sens très voisin et à décréter qu’il y a eu, soit une transformation phonétique, soit une forte altération du mot latin. Voici quelques exemples parmi des milliers d’autres.
ALLER : viendrait du latin AMBULARE. On laisse le lecteur imaginer quelles transformations, quelles altérations et quelles déformations il aurait fallu pour passer de l’un à l’autre ! Et si une telle évolution avait eu lieu, on pourrait trouver des formes intermédiaires, et on n’en trouve aucune.
CONVOITER : viendrait d’un mot du latin populaire CUPIDIETARE lui-même venant de CUPIDITAS (cupidité). Cette étymologie résulte d’une apparente parenté entre CONVOITISE et CUPIDITE, sans que la correspondance phonétique soit démontrée.
CONVOITER est un mot composé CON-VOITER où VOITER est basé sur le radical VD/VT (voir) : en latin VIDERE (voir), en russe VIDET’ (voir), en suédois VETA (savoir), en sanskrit VEDA (connaissance)… Le préfixe CON a le sens de renforcement. CONVOITER c’est regarder avec insistance.
COUSIN : viendrait du latin CONSOBRINUS. La parenté évidente du mot COUSIN avec l’italien CUGINO me laisse penser que ce mot est une déformation de l’italien, lui-même ne venant pas du latin mais étant un mot composé CO-GENE (des mêmes « gens », de la même famille).
DURER : le Petit Robert propose l’étymologie suivante : « fin XIe, latin DURARE « durcir, endurer, résister, durer ». Cette étymologie est caractéristique d’une part importante de l’étymologie officielle qui fait fi de la sémantique, c’est-à-dire du sens des mots. Elle laisse entendre que ce qui est dur peut durer. Mais en réalité la DURETÉ n’a rien à voir avec la DURÉE.
À l’inverse, les étymologistes auraient pu être alertés par le rapprochement avec le mot allemand DAUERN (durer) ou le latin DIURNUS (qui dure un jour). Le mot DURER contient le radical indo-européen UR/OR/ER qui a donné dans la plupart des langues indo-européennes la mesure du temps : en français HEURE, JOUR, ALORS, HIER, ÈRE, en grec moderne MERA (jour) KAIROS (temps), etc.
EAU : viendrait du latin AQUA. Le mot français et le mot latin n’ont pas un seul son en commun ! On voudrait nous faire croire qu’il y a eu une transformation totale du mot AQUA pour la seule langue française ! Alors qu’en italien et en espagnol on dit toujours AQUA et qu’en occitan et en catalan l’évolution phonétique a conduit au mot AïGO, qui reste assez proche de l’italien.
Le mot EAU est une abréviation d’un mot indo-européen OD ou OT dont on retrouve la trace en anglais WATER, en russe VODA, et en français GOUTTE, OUTRE, MOITE…
MANGER : viendrait du latin MANDUCARE (mâcher). Oui, il y a un peu de ressemblance entre le mot français et le mot latin. Mais en réalité ce mot dérive plus sûrement d’un radical indo-européen MS :
Russe Hindi |
MIASO (viande) MANS (viande) |
Anglais |
MOUTH (bouche), MEAT (viande) |
Latin |
MENSA (table où l’on mange) |
|
Allemand |
MEZE (hors d’œuvre) MAGEN (estomac) |
En français, ce radical MS a donné les mots : METS, MACHER, MASTIQUER, MESS, MUSEAU… Et chose banale, MANGER se dit MANGIARE en italien !
Procédé n°3 : quand, par malheur, l’étymologie officielle ne trouve pas de mot latin, elle a l’idée géniale de l’inventer ! Et l’on vous sort du chapeau un mot baptisé « bas latin ». Les étymologistes travaillent beaucoup du chapeau !
BOUGER : l’étymologie officielle fait venir ce mot du latin °BULICARE (mot reconstitué bâti sur le mot latin BULLIRE (bouillir). Le mouvement suggéré dans BOUGER viendrait donc du bouillonnement !
En fait le mot BOUGER est basé sur le radical BG qui sous sa forme plus courante VG est un radical indo-européen que l’on retrouve en français dans VOGUER, DI-VAGUER, VAGABOND… en latin VAGUS (errant), VAGOR (errer), en allemand WEG (chemin), WAGEN (voiture)… Le verbe BAGUENAUDER est bâti sur le même radical.
CHANGER : viendrait d’un « mot latin de basse époque CAMBIRE qui lui-même viendrait du gaulois ». (sic !)
Curieux que ce mot latin CAMBIRE que l’on ne trouve dans aucun texte classique. D’où vient l’idée des étymologistes d’imaginer une origine gauloise ? Sur quoi se basent-ils pour une telle affirmation ? Ont-ils à leur disposition des textes gaulois ? Ou ont-ils réussi à reconstruire la langue gauloise ?
Je vois dans CHANGER le préfixe CH et un verbe °ANGER (cf français AGIR, latin AGERE) de même que RANGER se décompose en R. ANGER (agir à nouveau) ou MEN.AGER (agir en moins). Le préfixe CH/S renvoie à l’exclusion. Aussi CH.ANGER c’est « agir hors de, agir différemment ».
RINCER : l’étymologie officielle fait venir ce verbe d’un supposé verbe latin °RECENTIARE (dérivé de RECENS au sens de « frais » disent-ils). Le mot RECENTIARE n’existe pas en latin !
Je vois plutôt un mot bâti sur le radical RN : allemand RINNEN (couler), anglais RAIN (pluie), grec REON (liquide). La toponymie nous donne les mots RHIN, RHONE, GARONNE. Ça coule de source, non ?
Procédé n°4 : enfin, quand tous les procédés ont été utilisés jusqu’à la corde, l’étymologie officielle se rabat sur un grand numéro digne de la charlatanerie de boulevard. On voudrait nous faire croire que certains mots français viennent de la contraction d’expressions latines.
AVIS : le Petit Robert et le Larousse reprenant le Bloch et Wartburg proposent : « Ce m’est avis » du latin « MIHI EST VISUM ». Voilà bien une pure élucubration. Il est peu probable que les mots se forment de la sorte. Je rapproche AVIS de AVEU, AVOUER, où le préfixe A ou AV signifie la provenance, l’origine. Donner un avis, c’est tout simplement s’« exprimer ».
FORÊT : viendrait de FORESTIS (lequel mot serait du bas latin) par une locution recomposée °SILVA FORESTIS, « forêt en dehors (foris) de l’enclos ».
Selon leur procédé habituel, les étymologistes officiels en cherchant au petit bonheur ont trouvé que le mot FORET sonnait comme le mot latin FORIS qui signifie « en dehors ». Ils ont donc inventé une expression latine « SILVA FORESTIS » où SILVA est le mot latin pour désigner la forêt et FORESTIS est un mot inventé pour les besoins de la cause (premier tour de passe-passe) et qui signifierait extérieur. Donc notre forêt serait une SILVA ( !) extérieure. Vous suivez ! Et le mot SILVA aurait disparu (deuxième tour de passe-passe) pour ne laisser que le mot FORESTIS qui lui aurait donné le mot FORÊT.
Voilà cher lecteur, le genre de « démonstration » que l’on voudrait nous faire avaler, basée sur des expressions qu’on ne rencontre jamais, sur des mots qui n’existent pas et sur des disparitions opportunes.
Pour moi, la FORÊT vient plus sûrement du mot indo-européen FOR (feu). Cf. le français FOUR, FORGE, EN.FER, le grec PHAROS, l’allemand FEUER… La FORÊT c’est d’abord et avant tout le lieu où l’on trouve du bois pour le feu.
MÊME : les étymologistes sont très gênés devant ce petit mot tout simple. Alors ils vont sortir le grand jeu et utiliser toute la panoplie des supercheries possibles. MÊME viendrait du latin populaire METIPSIMUS, superlatif du mot latin populaire METIPSE qui lui viendrait du latin classique « EGOMET IPSE », moi-même en personne.
Le latin populaire, vous savez c’est ce latin que tout le monde cherche, et que personne n’a jamais trouvé. Le mot METIPSE est une invention basée sur l’idée que dans l’expression latine EGOMET IPSE l’usage aurait abandonné la première partie EGO du mot EGOMET. Mais comme ce terme est encore trop éloigné du mot français MÊME, on lui invente un superlatif pour introduire un M supplémentaire. Les étymologistes officiels laissent le soin au lecteur de déduire que le mot METIPSIMUS s’est transformé en MÊME.
L’imagination des étymologistes est débordante, mais les ficelles sont un peu grosses.
J’espère que ces exemples vous auront convaincus que l’étymologie officielle est totalement fantaisiste, et j’espère aussi vous avoir ouvert d’autres perspectives plus fructueuses et plus rationnelles.
Ce que certains étymologistes montrent comme une preuve que le français vient bien du latin repose en fait sur leur postulat. Non, l’étymologie, bien conçue, montre au contraire que le français ne vient pas du latin. C’était notre cinquième preuve.
21 octobre 2007
El castellano no viene del latin
El castellano no viene del latín
Contrariamente a lo enseñado en todas las universidades, sucede que el español no proviene del latín, tampoco ninguna otra lengua romance como el italiano, el francés o el rumano proviene del latín.
De la misma manera que hemos pensado durante siglos que el sol daba vuelta alrededor de la tierra, al basarnos en observaciones cotidianas, nuestro sentido común nos lleva naturalmente a pensar que el latín se ha transformado en las distintas lenguas romances.
Sin embargo, los lingüistas, conscientes de las considerables divergencias entre el latín y las lenguas romances en cuanto a sintaxis, gramática y vocabulario, me han hecho una primera concesión. Han tenido que recurrir al concepto de « latín vulgar » que sería la lengua hablada derivada del latín clásico, de la cual habría derivado a su vez las lenguas romances.
Estoy de acuerdo con los lingüistas sobre un punto: el latín clásico no ha podido engendrar las lenguas romances, sin embargo, diverjo sobre lo demás:
- Lo que llamamos de manera equivocada el latín vulgar no es más que el italiano
- Este italiano no resulta de una transformación del latín, ya que es otra lengua indo-europea
- los Romanos eran en consecuencia bilingües, hablaban italiano y escribían en latín
- los Romanos nos han proporcionado estas dos lenguas
Obviamente para llegar a tales conclusiones he realizado largas investigaciones que he resumido en mi libro « Le français ne vient pas du latin » Edición L’harmattan París 2007
Un cierto número de personas se tapan los oídos al enunciarse tales conclusiones, pero los que se toman el tiempo de leer mi libro no quedan indiferentes, pues no he escrito un panfleto, sino una demostración rigurosa. Entonces les deseo una buena lectura y les espero para volver a hablar de ello.
Burdeos le . 2010. 2007
20 octobre 2007
Le vocabulaire des langues romanes n'est pas latin
Pour vous donner un avant-goût de mes recherches je publie ci-dessous un extrait de mon livre sur le vocabulaire. Bonne lecture
Deuxième preuve
Le vocabulaire de base des langues romanes n’est pas latin
La difficulté à comparer les vocabulaires de deux langues, par exemple le latin et l’italien ou l’anglais et l’allemand, peut venir de deux sources. Soit ces langues ont été en contact étroit, du fait de la coexistence de deux peuples sur le même territoire, ou du fait d’une domination politique et militaire d’un peuple sur l’autre, et il a pu en découler de nombreux emprunts de vocabulaire. Soit les langues ont la même origine, et c’est le même socle initial qui a engendré les vocabulaires des deux langues. Il est alors difficile de démêler la partie du vocabulaire qui a été empruntée de la partie qui vient de l’origine commune. Ainsi l’anglais et l’allemand sont toutes deux des langues germaniques, et leur ressemblance vient de leur origine commune.
Le vocabulaire de base et les emprunts
Le vocabulaire des langues romanes est très différent de celui du latin. Pourtant les emprunts au latin ont été si importants qu’ils peuvent cacher cette réalité. Il convient donc d’extraire les mots empruntés pour redécouvrir le vocabulaire originel.
Les mots empruntés se caractérisent de deux façons :
1. Ils ont trait à des domaines particuliers caractéristiques d’un état avancé de développement, comme le droit, la philosophie, la théologie…
2. Et ils ont été peu affectés par des transformations phonétiques. En d’autres termes, ils sont presque identiques aux mots de la langue dont ils sont issus.
Je donne dans les tableaux suivants la traduction en français d’adjectifs et de noms du vocabulaire latin, qui met en évidence la très grande ressemblance entre des mots français et des mots latins. Les différences ne portent que sur la terminaison des mots.
À la lecture de ces listes de mots, se vérifient deux faits :

·Ces mots français sont presque identiques aux mots latins. (Seule la dernière syllabe de ces mots est légèrement transformée).
·Ces mots ont presque tous une connotation littéraire, technique ou savante.
Plus précisément, les mots empruntés ne sont pratiquement pas déformés parce qu’ils sont proprement des mots latins. Ils ont été d’abord utilisés par des clercs, qui avaient une parfaite connaissance du latin, puis sont rentrés dans l’usage courant.
Pour comparer deux langues, il est nécessaire d’éliminer les mots d’emprunts sous peine d’affirmer à la légère leur parenté. Ainsi, tous les linguistes s’accordent pour dire que l’anglais est une langue germanique bien que l’anglais compte beaucoup de mots qui ressemblent au français. L’anglais et l’allemand sont issus d’une origine commune baptisée « germanique ». Mais la langue anglaise a absorbé, pendant les siècles qui ont suivi la conquête normande, des milliers de mots français, au point que certains textes anglais peuvent paraître proches du français. Voici quelques exemples :
The information contained in this message is confidential.
L’information contenue dans ce message est confidentielle.
Spanish is a rich and expressive language.
L’espagnol est une langue riche et expressive.
The grammatical structure of the language has changed enormously.
La structure grammaticale de la langue a changé énormément.
À la lecture de ces phrases, un observateur peu attentif pourrait conclure que les langues française et anglaise ont un lien de parenté. Cet observateur serait en fait abusé par les mots anglais empruntés au français. D’où la nécessité de séparer les mots empruntés des mots de « base ».
À leur premier stade, les langues possédaient un vocabulaire fait de mots courants qui constituent « le vocabulaire de base ». L’anglais possédait un vocabulaire de base germanique auquel s’est agrégé peu à peu un vocabulaire français. Il en est de même pour les langues romanes qui avaient un vocabulaire de base « italien ancien » qui s’est accru au fil des siècles de nombreux mots empruntés au latin.
Les langues romanes et le latin sont restés en contact pendant plus de 20 siècles et du vocabulaire latin a été incorporé aux langues romanes pendant trois grandes périodes.
– Du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C., les peuples latin et italien coexistent et l’apport est direct.
– Du IIe siècle au XVIe siècle, le latin bien que langue morte reste la seule langue écrite de l’Europe occidentale, et les savants, les hommes d’église et les légistes y puisent continuellement soit pour emprunter un mot latin, voire un mot grec par l’intermédiaire du latin, soit pour forger un mot nouveau.
– À l’époque moderne le besoin de mots nouveaux dans les domaines scientifique et technique ouvre une nouvelle ère pour l’emprunt aux langues anciennes.
Ainsi les langues romanes comptent des milliers de mots latins, mais ces mots ne sont presque jamais des mots de la vie courante.
Je rappelle que mon schéma des langues italiques est le suivant :
SCHEMA 3
Il faut le préciser comme suit, pour faire apparaître les apports continus du vocabulaire latin aux langues romanes :
SCHEMA 4
Les pointillés figurent, non pas un lien de parenté, mais un flux de vocabulaire. Schématiquement, j’ai figuré deux flux, bien qu’il s’agisse en vérité d’un flux unique étalé sur plus de 20 siècles.
Cela m’amène à concevoir un vocabulaire de base qui est censé représenter l’ensemble des mots courants couvrant l’activité humaine, à l’exception des domaines sophistiqués de la politique, de la religion, de l’art, de la technique, du droit, de la philosophie…
Ce vocabulaire, bien que plus allégé que le vocabulaire contemporain, n’en est pas pour autant rudimentaire. La Bible, écrite à une époque où l’organisation sociale et les connaissances techniques n’en étaient qu’à leur début, compte plus de 6 000 mots distincts. Les peuples qualifiés de « barbares » par les Grecs possédaient, eux aussi, un vocabulaire très étendu.
Mais avant cela, je veux préciser la deuxième raison qui induit en erreur les linguistes. Le latin et l’« italien ancien » ont une origine commune, et ont donc quelques points communs, comme les langues anglaise et allemande ont des points communs, car elles aussi sont issues d’une même origine.
Une origine commune : l’italique
Le latin et l’« italien ancien » ont la même origine, appelée « italique ». Pour fixer les idées, je dirais que cette origine commune remonte à 10 000 ans avant J.-C. Il est impossible de préciser scientifiquement la date à laquelle les peuples italiques parlant la même langue se sont séparés et ont créé à partir du même tronc commun deux langues aussi distinctes que le latin et l’« italien ancien ». J’aurais pu indiquer non pas 10 000 ans, mais une fourchette allant de 1 000 à 10 000 ans. Dans le chapitre sur l’évolution des langues, je montrerai combien évoluent lentement les langues en général, ce qui me conduit à penser que 1 000 ans seraient peu de temps pour créer deux langues aussi différentes que le latin et l’« italien ancien », c’est pourquoi je mets plutôt la barre à 10 000 ans.
Mon propos est avant tout d’exposer que, bien que très distincts, le latin et l’« italien ancien » ont une origine commune que je représente comme suit :
SCHEMA5
Sous la forme graphique de cercles, je fais apparaître les ensembles et les sous-ensembles de vocabulaire.
SCHEMA 6
Cette présentation permet de décomposer les vocabulaires des trois langues et de faire apparaître différents sous-ensembles.
Le groupe 1 représente le vocabulaire de la langue-mère, l’italique, qui n’a pas été transmis aux langues filiales. Ce groupe est d’une faible importance. En général, la création des vocabulaires se fait par strates successives sans abandon du vocabulaire antérieur.
Le groupe 2 représente le vocabulaire de la langue-mère qui a été transmis à une langue mais pas à l’autre.
Le groupe 3 représente les mots d’origine italique qui ont été transmis à l’une et l’autre langue et qui donnent l’impression qu’une langue découle de l’autre.
Le groupe 4 représente les mots propres à chaque langue filiale. Ils sont « auto-fabriqués » par les procédés classiques : métonymie, mots composés, déformation phonétique… chaque peuple développant son génie propre, et créant peu à peu une langue particulière.
Le groupe 5 comprend les mots communs aux deux langues qui ne viennent pas de la langue-mère : ce sont des mots d’emprunt.
Ces distinctions complexes sont nécessaires à la bonne compréhension de la suite.
Arrêtons-nous sur le groupe 3. Quand des mots sont semblables en italien et en latin, cela peut provenir de leur origine commune. Cela ne prouve en rien que les langues romanes viennent du latin. Les vocabulaires de base anglais et allemand sont proches, pour autant l’anglais ne vient pas de l’allemand, et vice-versa. Pourtant les vocabulaires de base anglais et allemand sont plus proches que ne le sont les vocabulaires latin et roman. Comment cela n’a-t-il pas frappé les linguistes ? Comment les langues allemande et anglaise qui sont des « langues sœurs » seraient-elles plus proches que ne le sont le latin et l’italien, qui sont supposés avoir une filiation directe ?
Il ne faut donc pas s’extasier trop vite sur les ressemblances observées entre les vocabulaires des langues latine et romanes. Celles-ci peuvent n’être dues qu’à leur origine commune italique.
Avant l’italique : l’indo-européen
Les linguistes s’accordent pour penser que les fortes concordances existant entre les différentes langues d’Europe, d’Iran et d’Inde suggèrent une origine commune qu’ils appellent langue indo-européenne. L’indo-européen a donné naissance, par fractionnements successifs, aux différentes langues européennes, iraniennes et indiennes.
Ainsi, en ce qui concerne le français, les étapes ont été les suivantes : l’indo-européen a donné plusieurs branches dont l’italique. L’italique a donné au moins deux branches : le latin, qui n’a pas eu de descendance, et l’« italien ancien » qui a donné naissance à toutes les langues romanes.
Le schéma ci-après représente les différentes familles et les différentes langues issues de l’indo-européen :
De même que je situe l’italique aux alentours de 10 000 ans avant J.-C., je situe l’indo-européen aux environs de 20 000 ans avant J.-C.
En d’autres termes, pour moi, l’homme de Cromagnon et ses descendants étaient de langue indo-européenne.
Les trois premières strates du vocabulaire des langues romanes
La longue filiation que je viens de présenter qui va de l’indo-européen au français en passant par l’italique et l’italien ancien a laissé dans le vocabulaire des traces de chacune des étapes de l’histoire de la langue.
1. LA STRATE INDO-EUROPÉENNE, exemple, le mot NEZ :
Prenons le mot NEZ. Il se dit à peu près de la même façon dans les langues italiques, germaniques et slaves (italien NASO, allemand NASE, russe NOS). Je fais l’hypothèse que le mot indo-européen était NAS qui a donné l’italique NAS lequel a donné d’un côté le latin NASUS, et de l’autre l’ « italien ancien » NASO, qui a donné l’italien moderne NASO et le français NEZ, selon le schéma suivant :
Indo-européen (-20 000) NAS
Italique (-10 000) NAS
Italien ancien et latin NASO (italien ancien) NASUS (latin
Langues romanes NEZ (français) NASO (italien)
Les étymologistes officiels veulent absolument que le mot NEZ vienne du latin NASUS, en fait le mot NEZ garde la trace de son origine indo-européenne, et nous a été transmis par l’italique puis par l’« italien ancien ».
2. LA STRATE ITALIQUE, exemple, le mot MAIN :
Le mot MAIN se dit de la même façon dans les langues romanes et en latin. Nous pouvons le considérer comme un mot italique qui s’est transmis aux deux branches issues de l’italique : le latin et l’italien ancien.
Par contre le mot MAIN se dit différemment dans les autres langues indo-européennes donc il n’est pas indo-européen mais uniquement italique, selon le schéma suivant :
Indo-européen (-20 000) ?
Italique (-10 000) MANO
Italien ancien et latin MANO MANUS (latin)
Langues romanes MAIN (français) MANO (italien)
Les étymologistes font venir le mot MAIN du latin MANUS. Je considère que le mot MAIN a une origine italique et non latine.
3.LA STRATE « ITALIEN ANCIEN », exemple, le mot JAMBE :
Dans les différentes langues indo-européennes, le mot JAMBE se dit de façons très différentes. Le mot n’est donc pas indo-européen, ou plus précisément, ce mot n’existait pas encore à l’époque indo-européenne, il n’a donc pas été transmis aux différentes familles linguistiques. Il se dit différemment en latin (CRUS). Il n’est pas non plus un mot italique. Par contre, il se dit GAMBA en italien et en roumain. Je fais donc l’hypothèse que le mot JAMBE vient d’un mot « italien ancien » GAMBA, qui en français a subi une légère altération.
Indo-européen ?
Italique ?
Italien ancien GAMBA
Langues romanes GAMBA (italien) JAMBE
Exemple de classification des mots : application aux mots relatifs au corps humain.
J’ai appliqué la méthode de classification que je viens de vous présenter aux mots les plus courants du corps humain, et je les ai classés en trois groupes selon leur origine.
1. Les mots indo-européens
Les mots NEZ, OREILLE, ŒIL, DENT… sont pratiquement iden-tiques dans toutes les langues indo-européennes.

Ce sont donc des mots indo-européens, c’est-à-dire qu’ils existaient à une époque très ancienne, avant l’éclatement en différentes familles linguistiques.
2. Les mots italiques
Les mots PIED, MAIN, CHEVEU, LANGUE, BRAS et DOIGT sont identiques dans toutes les langues romanes et en latin, mais différents des mots des langues des autres familles indo-européennes.

Les mots PIED, MAIN, CHEVEU, LANGUE, BRAS et DOIGT sont des mots italiques et non des mots d’origine latine.
3. Les mots « italien ancien »

On découvre, dans cette catégorie, des mots qui ne viennent pas du latin, et qui sont quasiment identiques dans toutes les langues romanes, à quelques rares exceptions près. Le plus surprenant, est que les mots roumains sont éminemment « romans ». Or, la Roumanie s’est détachée de l’empire romain en l’an 270 de notre ère, ce qui nous laisse à penser que la langue qui a été apportée en Roumanie était déjà de l’italien ancien, non du latin.
Quand un mot est d’origine indo-européenne ou italique, les étymologistes décrètent sans ambages que le mot vient du latin. Ainsi, pour eux, le mot NEZ viendrait du latin NASUS, et le mot PIED viendrait du latin PES. Ils font une grave erreur de raisonnement, mais n’en sont même pas conscients. Ils ne se posent même pas la question. Pour eux, l’origine latine du vocabulaire des langues romanes est un axiome. Ils se trompent et ils vous trompent. Voyez, disent-ils, la ressemblance entre les mots latins et les mots français, il n’y a pas de doute ! Malheureusement pour eux, il y a des mots « italien ancien » qui ne ressemblent en rien au latin, et qui les déroutent.
...

03 octobre 2007
Le français ne vient pas du latin: introduction
J'ai le plaisir de reproduire ci-dessous l'introduction de mon livre "Le français ne vient pas du latin" publié aux éditions L'harmattan Paris 2007 pour vous donner un avant-goût du fond et de la forme.
Bonne découverte
Contrairement à l’idée généralement admise, le français ne vient pas du latin, pas plus que l’italien, l’espagnol, le roumain ni aucune autre langue romane ne viennent du latin.
Ma thèse est la suivante : le latin a été la langue unique des Romains jusqu’au IIIe siècle avant J.-C., puis, le latin a été submergé par l’italien, mais est resté la langue du pouvoir et la langue des lettres. Aussi, dès le IIe siècle avant J.-C., les Romains étaient bilingues : ils utilisaient l’italien comme langue parlée et le latin comme langue écrite, et ce sont ces deux langues que les Romains ont apportées dans toutes les régions qu’ils ont conquises.
Ainsi en France, en Espagne et en Roumanie les peuples ont abandonné leurs langues respectives pour adopter l’italien comme langue parlée et n’ont utilisé le latin qu’à l’écrit, comme le faisaient les Romains. Il est vraisemblable que les Romains appelaient leur langue parlée : le « roman ». Pour éviter toute confusion avec l’usage que nous faisons de ce mot aujourd’hui, j’appellerai la langue parlée par les Romains : l’« italien ancien ». C’est à dessein que j’emploie ce terme car les Romains ne parlaient pas un latin déformé, dénommé parfois « latin vulgaire » ou « bas latin », mais parlaient une autre langue, qui n’a pas pour origine le latin, et qui était déjà de l’italien.
Le bilinguisme langue parlée/langue écrite n’a rien d’exceptionnel. Au début de notre ère, à Jérusalem, l’hébreu, langue parlée par les juifs jusqu’à cette époque, cède la place à l’araméen, mais garde son statut de langue de la religion et de la littérature. Les juifs du temps de Jésus-Christ étaient bilingues, ils parlaient araméen et écrivaient en hébreu.
Aujourd’hui, dans les pays arabes, on parle l’arabe dialectal et l’on écrit uniquement en arabe classique. En Suisse alémanique, la langue parlée est le suisse alémanique et la langue écrite est le haut-allemand. Au Québec, la langue parlée est riche d’un vocabulaire original, mais le français utilisé à l’écrit est toujours parfaitement académique. En Afrique, en Amérique et en Asie, le bilinguisme langue parlée/langue écrite est une réalité quotidienne ; les différents peuples continuent à utiliser leurs langues vernaculaires et utilisent à l’écrit une langue officielle, généralement la langue des anciens colonisateurs : l’anglais, le français, l’espagnol…
La forte divergence entre le latin et les langues romanes fait débat depuis longtemps chez les latinistes et les linguistes. En 1940, le linguiste danois Louis Hjelmslev concluait ses recherches par ces mots : « la langue-mère que nous sommes amenés à reconstruire n’est pas le même latin que celui qui nous est transmis par la littérature. » En 1953, le linguiste français Jean Perrot observe lui aussi que la langue-mère qu’il a reconstruite à partir des différentes langues romanes « ne correspond pas à l’état du latin que nous connaissons ». Ils découvrent l’un et l’autre une langue-mère très différente du latin, mais ils n’osent pas s’éloigner du dogme et affirmer qu’en fait d’« autre latin » il s’agit tout bonnement d’une « autre langue ».
En 1985, le grand latiniste Jozsef Herman reconnaissait au congrès international de linguistique et de philologie romanes, devant un parterre de lettrés venus du monde entier : « Nous autres romanisants, avec tout au plus les historiens de la langue latine, sommes à peu près les seuls à savoir qu’en ce qui concerne le processus même de transformation du latin en langue romane nous avons plus d’hypothèses et de controverses que de certitudes [...] »
En cette fin du vingtième siècle, plus les recherches s’approfondissent et moins les chercheurs s’accordent sur une explication de la transformation du latin en langues romanes. Les difficultés viennent du fait que les chercheurs sont prisonniers du dogme selon lequel les langues romanes viendraient du latin et s’ingénient à trouver des explications à toutes les supposées transformations du latin. Ils essaient donc d’expliquer la disparition des déclinaisons, du genre neutre, des verbes déponents, des adjectifs verbaux, et l’apparition des articles, du passé composé, du conditionnel… Et ils n’y arrivent pas.
Antoine Meillet, le célèbre linguiste français du début du XXe siècle, n’a que des démonstrations parcellaires et des conclusions non fondées que masquent mal ses formules péremptoires : « les innovations communes résultent du fait qu’un mécanisme délicat et complexe a été manié par des gens nouveaux de toutes sortes. »[1] Comment des gens issus de différents horizons pourraient-ils provoquer les mêmes innovations linguistiques ? Il y a là un mystère étonnant. Pour Antoine Meillet, la deuxième grande explication réside dans le fait que le peuple aimerait la simplicité : « Le déponent est dans la langue le type de complication inutile. » Le peuple se serait donc défait du déponent. Puis plus loin : « En laissant tomber le neutre le roman s’est débarassé d’une catégorie qui depuis longtemps ne signifiait plus rien. »
Le peuple grec, lui, a gardé le neutre, ainsi que les Allemands et les Russes ! Antoine Meillet a des lois à géométrie variable.
De deux choses l’une : ou bien on en reste au lyrisme de Littré qui s’exclamait dans l’introduction de son dictionnaire : « Au grand étonnement de l’érudit, les mutations s’effectuèrent comme si un concert préalable les avaient déterminées »[2], ou bien on essaie de faire une analyse rigoureuse et un tant soit peu scientifique.
Quelles sont les principales objections que l’on peut faire à une origine latine des langues romanes ?
– Comment ont pu se produire les mêmes disparitions et les mêmes apparitions de formes grammaticales dans toutes les langues romanes ?
– Comment expliquer la disparition des mêmes mots latins et l’apparition des mêmes mots non latins dans toutes les langues romanes ? Les adjectifs, les adverbes, les verbes latins les plus usuels auraient-ils tous disparu dans toutes les langues romanes ?
– Comment expliquer qu’une telle tranformation se soit faite en près de quatre siècles, de la disparition de l’empire romain vers l’an 400 à l’apparition de la langue romane mentionnée au concile de Tours en l’an 813, alors que la stabilité des langues semble une loi générale ? Antoine Meillet met pourtant plusieurs fois en évidence ce caractère des langues dans son livre sur l’histoire de la langue latine[3] : « langue d’un grand empire, le latin a gardé durant quelques huit cents ans une stabilité. »
Après huit siècles de stabilité, la langue aurait tout à coup muté à une vitesse vertigineuse au point qu’elle devienne méconnaissable !
Antoine Meillet sent bien qu’il y a là une curiosité qui ne serait propre qu’au latin et il s’ingénie à trouver des explications à la stabilité de certaines langues, comme il le fait pour le turc. « Le turc d’aujourd’hui est le turc d’il y a mille ans, la schématisaton rigide de la langue l’a préservée du changement. » Y aurait-il une loi qui expliquerait la préservation par le schématisme des langues ? Antoine Meillet note également que « la structure de l’arabe d’aujourd’hui est encore toute semblable à celle des langues sémitiques d’il y a trois mille ans ». Et pour qui connaît le grec ancien et le grec moderne on ne peut que s’étonner devant la remarquable continuité du vocabulaire et de la grammaire grecs sur deux mille cinq cents ans. Oui, les langues sont éminemment stables alors pourquoi une transformation du latin, – et quelle transformation ! –, en l’espace de quatre siècles seulement ?
Pourquoi la langue latine se fige-t-elle, pourquoi les langues romanes sont-elles si semblables entre elles et si différentes du latin ?
Nous allons passer en revue toutes ces questions et je vais m’appliquer à faire une démonstration accessible aux non spécialistes. Il faut pourtant, cher lecteur, que vous ayez conscience de deux écueils majeurs.
D’abord, vous ne pouvez pas échapper au poids du dogme, et sans cesse vous reviendra à l’esprit la même interrogation : « Mais comment se fait-il que toutes les universités, de tous les pays, enseignent une origine latine des langues romanes ? Est-il possible que l’on se trompe depuis si longtemps et avec la même constance ? Et pourquoi est-ce un amateur qui ferait cette découverte, et non un universitaire ? »
Justement, je ne pense pas qu’un homme du sérail puisse remettre en cause à la fois le dogme et la tradition. Voyez comment les linguistes Jean Perrot et Louis Hjelmslev s’autocensurent ! Ils s’arrêtent au milieu du gué. Ne soyez pas timorés ! Osez aller jusqu’au bout de la logique, quelles que soient vos convictions antérieures !
Le deuxième écueil vient de ce qu’une analyse superficielle peut laisser croire que le latin et les langues romanes ont beaucoup de points communs. Serait-ce le cas d’ailleurs que cela ne voudrait pas dire que les secondes découlent du premier. L’allemand et l’anglais, toutes deux langues germaniques, sont assez proches et pourtant l’anglais n’a pas pour langue-mère l’allemand, il en est de même du russe et du polonais par exemple.
Les nombreux points communs au latin et aux langues romanes viennent d’une origine commune, l’indo-européen, voire d’une branche de celui-ci appelée italique. À cela s’ajoutent les effets d’une coexistence de près de vingt siècles entre les langues romanes parlées et la langue latine écrite, au point que de nombreux mots romans ont été empruntés au latin.
Enfin, la croyance aveugle en une origine latine des langues romanes a conduit les étymologistes français à inventer une origine latine à chaque mot ou presque. Tous les procédés, des plus ingénieux aux plus malhonnêtes, sont mis à contribution pour mettre en évidence une prétendue filiation, sans aucune règle scientifique. Je montrerai que l’origine indo-européenne apparaît souvent avec beaucoup plus d’évidence, et qu’il est possible d’imaginer une étymologie plus rationnelle. Vous avez certainenement entendu mille fois que le mot TRAVAIL vient du latin TRIPALIUM (instrument de torture), que le mot ESCLAVE vient de SLAVUS (slave), ou que le mot FORÊT vient de FORESTIS (extérieur). Ces étymologies sont sans fondement, mais elles confortent l’idée d’une origine latine des langues romanes, alors qu’elles ne sont que le résultat de nos errements.
Là aussi, j’imagine votre perplexité. Comment, me direz-vous, toute notre étymologie serait fausse et quels sont vos titres pour vous permettre une telle remise en cause ? Je vous l’ai dit, je ne suis pas du sérail. J’ai simplement étudié, depuis des années, la linguistique et de nombreuses langues, et j’ai découvert qu’il y avait une autre voie possible.
Permettez-moi de citer à nouveau Bouddha : « Ne croyez pas une chose simplement sur des ouï-dire. Ne croyez pas sur la foi des traditions uniquement parce qu’elles sont en l’honneur depuis nombre de générations. Ne croyez pas une chose sur le simple témoignage d’un sage de l’Antiquité. Ne croyez pas une chose parce que les probabilités sont en sa faveur ou parce que l’habitude nous pousse à la croire vraie. Ne croyez rien en vous fondant sur la seule autorité de vos maîtres ou des prêtres. »
Défaites-vous de votre prêt-à-penser, ne vous en remettez pas aux spécialistes, jugez par vous-mêmes.
Je présente ci-après les deux schémas de filiation des langues romanes. Le schéma « ancien », celui qui est enseigné par toutes les universités, et le schéma nouveau celui que je vais démontrer dans ce livre.
Dans le schéma ancien, la langue primitive, l’indo-européen, se serait transformée en italique, lui-même se serait transformé en latin. Dès l’époque romaine, le latin se serait transformé en bas latin, lequel aurait donné naissance aux langues romanes.
Dans le schéma nouveau, que je vais démontrer dans ce livre, l’indo-européen se serait transformé en italique, qui se serait transformé d’une part en latin, et d’autre part en italien ancien, bien avant l’époque romaine, puis l’italien ancien aurait donné naissance aux différentes langues romanes, alors que le latin n’a pas eu de descendance.
[1] Antoine Meillet, Esquisse d’une histoire de la langue latine, 1928. Librairie Klincksieck.
[2] Emile Littré, Dictionnaire de la langue française, Librairie Hachette, vers 1870 .
[3] Op. cit.
01 octobre 2007
Molière et le latin
La lecture de chaque ouvrage ancien me renforce dans la conviction que les langues, la nôtre comme toutes les autres, évoluent très lentement, rendant peu crédible l'idée que le latin aurait pu se transformer si radicalement en l'espace de 4 à 6 siècles.
Appelons Molière à la rescousse!
En relisant "Le médecin malgré lui" j'ai constaté
1 . Que la langue de Molière, vieille de près de 350 ans, était identique à la nôtre sur le plan de la syntaxe, de la grammaire et du vocabulaire à quelques rares exceptions près.
2 . Les très rares mots rencontrés dans cette oeuvre de Molière, et qui ne sont plus utilisés à ce jour sont:
- Des mots presque italiens: BOUTER (buttare), BASTE (basta), CAROGNE (carogna), DRAIT (diritto), DULCIFIANT (dolce)
- Des mots divers qui ne nous viennent pas du latin: PENDARD (Cf l'espagnol pendero), COMPERE (Cf l'espagnol compadre), JULEPS et BELITRE.
Vous avez bien noté, ces mots sont au nombre de neuf.
En d'autres termes on constate une remarquable stabilité de la langue , et les rares mots que le sieur Molière employait et que nous n'employons plus nous rapprochent de l'italien et non pas du latin. Bien sûr la démonstration est encore plus probante avec le français ancien comme je le montre dans le chapitre de mon livre "Le français ne vient pas du latin" consacré au français ancien.
Yves Cortez
Bordeaux le 1.10.2007
22 septembre 2007
Greg, déclinaisons, Juvenal...
Merci à Greg pour sa
contribution
Greg vient de faire un
long commentaire dont je le remercie et auquel je souhaite répondre dans le
détail
1 . J’ai constaté de
façon constante que l’énoncé de ma thèse suscitait les réactions les plus vives
et les plus tranchées de la part des universitaires et des vrais latinistes que
j’ai sondés à Bordeaux et à Paris. Je sais que ce sera très difficile de les
convaincre, d’autant qu’ils n’arrêtent pas de s’autopersuader et considèrent
qu’ils ont une bonne réponse à toutes les questions (sur le futur, le
conditionnel, le passif…)
Ma conviction est qu’ils
partent, eux, d’un a priori, selon lequel les langues romanes viennent du
latin, et cherchent à trouver les processus de transformation.
2 . Ceux qui lisent le
livre dans son intégralité sont toutefois ébranlés. Un éminent spécialiste du
latin m’a dit cette merveilleuse phrase : « je trouverai la faille ».
A mon grand plaisir je
constate que ma thèse, que j’appelle très peu modestement ma démonstration,
commence à convaincre des esprits de premier plan.
3 . S’agissant de la
vitesse de transformation de la langue, l’idée que le latin serait un cas
particulier est bien évidemment la réponse facile. J’en appelle aux linguistes
pour qu’ils témoignent de l’évolution de nombreuses langues : l’hindi, le
persan, le turc et des dizaines d’autres. Moi je ne connais pas de langues à
évolution rapide si ce n’est l’anglais. Ce qui peut s’expliquer par le fait que
cette langue est le résultat d’une fusion de divers parlers germaniques issus
des peuples Angles, Saxons et Danois. Je ne trouve aucune transformation
majeure de l’espagnol, de l’italien et de l’occitan en partant de textes vieux
de 5 siècles.
4 . S’agissant des
déclinaisons, vous en conviendrez, les rares cas que nous trouvons dans les
langues romanes, y compris en roumain, n’ont rien à voir avec les
déclinaisons latines. Je ne considère pas le vieux français et le roumain comme
des langues déclinées .Et partant l’italien n’était pas une langue déclinée.
Si l’italien avait été
une langue déclinée il en resterait des traces dans au moins une langue romane
et tout spécialement en italien moderne dont on a tout lieu de penser qu’il est
le plus proche de l’italien ancien.
5 . Si j’ai un reproche à
faire à mon livre c’est de ne pas avoir fait un long développement sur la «
reconstruction » de l’italien ancien. Je rédigerai ce chapitre dans la
traduction en italien qui sera ma prochaine étape.
6 . Concernant Juvenal je
crois me rappeler de mémoire qu’il y a d’autres passages qui sont explicites
dans les Satires. Je relirai donc cet ouvrage.
Yves Cortez
Bordeaux le 22
septembre 2007
